carnets de vie, carnets de voyage, peintures et dessins, lecture et écriture, au fil des correspondances poétiques.
Le corps humain entre en symbiose avec le corps animal. Il retrouve les sensations de son passé enfoui, il embrasse ses désirs refoulés. Le thériocéphale s’étire et rugit. Mais cette jouissance s’empoisonne, car l’hybridation est un conflit. De l’animal...
Ecoute le corps de l’homme. Il s’enfonce dans l’eau noire du puits du temps. Il se souvient de ses griffes, de ses poils, de ses dents. Le spectre de la Bête lui colle aux reins. Elle le dévore en même temps qu’elle le ressuscite. Regarde le corps de...
L’animal sort du corps de l’homme et l’emmène ailleurs. Il le défait de ses vêtements trop étroits, le corps devient métissage et voyage. L’homme s’animalise, s’échappe libre et nu. L’imagination enfle son souffle, l’instinct s’éveille. La métamorphose...
Transe de la chair que la fièvre convulsionne. L’émotion se lève au corps, s’emporte et devient vague d’océan, aile d’oiseau, poids d’éléphant. Les vibrations humaines s’échappent et s’évaporent en images animales. Parce que l’âme frissonne, le corps...
A l’institut de massage, dont l’entrée ressemble à une galerie des glaces version chinoise, un écriteau interdit la consommation de substances illicites et la prostitution. On nous introduit dans un salon privé où une sirène en porte jarretelles de trois...
Longtemps je suis restée sans voix devant l’injustice de la vie, la méchanceté des gens, la jalousie, l’envie, le mensonge, la bêtise. Longtemps je suis restée sans conscience. Et puis un jour maudit hélas j’ai compris. Depuis j’ai au ventre un noyau...
L’animal s’incarne dans la chair de l’homme et cette altération corporelle est une transfiguration spirituelle. Parce que l’animal apparaît, les dieux doucement s’approchent. La Bête sacrifiée marche sur les chemins de la mort et interfère pour le salut...
La colère de Dabao éclate au pied de notre résistance. Jilou, sa femme, est la première à subir sa fureur. Elle se venge en incendiant injustement les jeunes employés et les élèves de son mari. Il n’y a pas de pitié. Gris des mémoires, gris de l’eau du...
J’aimais la brume d’argent des miroirs passés, irisée de souvenirs, pailletée d’éclats des regards perdus. A travers la buée métallique de leur souffle, je percevais l’appel scintillant d’étoiles noyées. J’appris qu’on peut se perdre dans l’insondable...
Au dernier repas, le jeune chauffeur qui nous a conduit pendant tout le voyage, se lève pour porter un toast. Il a toujours aux lèvres un sourire d’enfant. Emu, fragile, il nous remercie de notre joie. Il nous envie de pouvoir rire, chanter, danser avec...
- Je me demande si l’hôtel a une piscine, dit Alma. Les Carnettistes tribulants sont invités à Jinan à titre officiel, dans le cadre d’une convention franco-chinoise négociée, signée et tamponnée. Dabao, peintre reconnu, directeur du département de la...
Etre sans voix. Sans cri. Sans murmure. Etre sans écriture. ********************** J’attends. J’attends le temps. J’attends la fin du temps. J’attends sans oser bouger, pour ne pas réveiller la peine, pour ne pas remuer l’obscur. J’attends que les racines...
Ils peuvent rester sept ans, ils peuvent rester trois nuits ; ils sont passés un jour devant ma porte. Certains ont dû frapper fort pour se faire entendre. D’autres ont renoncé et sont partis sur la pointe des pieds. Il y en eut même qui voulaient s’installer....
Des jeunes, étudiants en arts plastiques ou en français, nous accompagnent quotidiennement. Ils ont choisi chacun de s’attacher aux pas de l’un d’entre nous. Damien a bien sûr hérité de la plus sexy des étudiantes en français, mais toute sa bonne humeur...
… écartelée ouverte tendue entre deux pointes suspendue entre deux temps funambule sur le fil du rasoir immobile tremblante coupante comme des ciseaux dangereuse amoureuse amarante amante fleur coupée chêne dressé enraciné sentinelle du passé Pythie prêtresse...
J’ai déchiré une alèse ancienne. Elle a vécu sa vie dans l’obscurité d’un lit, mouillée, tachée, pressée, frôlée, frottée, frictionnée, froissée, érodée par le passage des nuits. Et maintenant qu’elle est devenue vieille, elle est devenue douce. Elle...
L’attente abime l’amour, l’attente nous abîme. Elle étire l’amour jusqu’au fil ténu. Le long du long chemin d’attente, dans des éclairs d’absence, parfois, j’oublie d’attendre, j’oublie. Au fil de l’attente, quelque chose d’infime s’en va, quelque chose...
Jinan est une rivière, une femme couchée entre les bras des montagnes de l’Est – humide, tiède et douce – voilée, dévoilée, aimée du vent. Au ventre de Jinan, dans les entrailles bouillonnantes de la ville mêlées à la laitance du ciel : la gestation de...
Assise avec Frede sur le bord du petit canal, je dessine, je papote. Et puis soudain j’aperçois un de mes dessins partir au fil de l’eau. Frede et moi le regardons voguer, les bras ballants : il est trop loin pour être rattrapé. A ce moment précis, inattendu,...
Je suis venue avec quinze kilos de bagage, je repars avec trente-deux kilos de matériel, comment ai-je fait ? Comment un cœur vide peut-il peser si lourd ? Dans le vieux centre de Jinan, courent les canaux d’eau froide. Au Bassin du Mandarin, les vieux...
Les Chinois et les Français se parlent autour d’une table. L’éloignement des cultures, la singularité des chemins de pensée, la divergence des intentions, le sens perdu des traductions, l’envol des signes incompris, tout cela nous sépare et nous égare....
Le chantier de la nouvelle gare et de l’opéra de Jinan est dirigé par une femme. Sur des kilomètres carrés, un entrelacs de réseaux et une érection de buildings. Des centaines d’ouvriers travaillant dur dans un univers chaotique de métal et de boue. Un...
Les grands miroirs ouvraient la porte d’un monde limpide que leur onde nappait de lumière. J’y entrais comme dans un songe d’oubli. J’aimais les miroirs au teint défait. Dans les nuées grises de leurs lacs troublés, je voyais d’étranges horizons, des...
Les choses en charpies ne sont pas des portraits des hommes et des femmes qui ont habité ces vêtements. Elles sont des émanations des traces humaines, de ces taches, ces odeurs, ces blessures dont les habits gardent la marque. Les pensées et les sécrétions...
Mais c’est avec son bandeau qu’il voit. C’est avec tout son cousu qu’il découd, qu’il recoud, avec son manque qu’il possède, qu’il prend. Henri Michaux – La vie dans les plis Les sculptures en charpie sont nées d’une grande compassion pour ce qu’il reste...