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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 00:00

 

 

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J’ai déchiré une alèse ancienne. Elle a vécu sa vie dans l’obscurité d’un lit, mouillée, tachée, pressée, frôlée, frottée, frictionnée, froissée, érodée par le passage des nuits. Et maintenant qu’elle est devenue vieille, elle est devenue douce.

 

 

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Elle s’est défaite dans une neige blanche de rêves envolés, que j’ai respirée, avalée à en tousser. J’ai craché mes cauchemars et mes illusions. Maintenant que je suis devenue vieille.

 

 

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Ma Douce, tu te tiens sans remord, sans regret, sans aigreur. Tu es résignée dans la douceur, souple comme une peau usée. Docile, tranquille, tu ne dis rien comme si tu ne pensais rien. Ma Douce, tu es refuge, sœur et mère, ange et amante ; ton corps moelleux apaise les conquérants fatigués ; tes bras tendres bercent leurs peurs d’enfant ; tes yeux tristes excusent leurs frasques inexcusables. Des doigts de ta main coule le lait de la tendresse.

 

 

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Tu donnes tu donnes, sans jamais faire payer le prix.

 

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A tous ceux qui ont profité de ta douceur et t’ont laissé la solitude, Douce, arrête de pardonner.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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  hauteur totale : 175 cm

hauteur de la femme : 90 cm

largeur : 25cm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 00:00

 

 

 

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Les choses en charpies ne sont pas des portraits des hommes et des femmes qui ont habité ces vêtements. Elles sont des émanations des traces humaines, de ces taches, ces odeurs, ces blessures dont les habits gardent la marque. Les pensées et les sécrétions humaines s’évaporent et se concrétisent en des figures anthropomorphes, en une pratique de guérison ou de résurrection. Elles deviennent des objets d’un culte de la mémoire, d’une magie blanche ou noire, pour sauver le passé, pour sauver la vie : des poupées d’amour, des épouvantails pour avoir moins peur.

 

Car les poupées ne sont jamais innocentes.

 

ààà

 

 

Chaque chose en charpie est née à la fois de la matière et du verbe. Pour chacune d’elle, des mots ont surgi alors que la forme apparaissait. Les textes sont le berceau des sculptures ; ils en constituent le socle, l’ombre portée, le fil même qui retient leur chair. Sans mots, les charpies gisent sans regard et sans voix ; elles errent dans les brouillards de l’indifférence ; elles oublient leur histoire et perdent le sens de leur tourment. Les textes tissent leur âme.

 

   

ààà

 

 

Je commence par une boule de charpie, une boule au ventre, un ventre. Tout naît d’un noyau-cerveau cousu transpercé serré, d’une âme. L’âme est au ventre.

 

De ce cocon originel sortent ensuite un torse, une tête, peut-être des bras, des jambes. Toujours le sexe est dit.

 

ààà

 

 

 

Les choses en charpie ne sont pas cousues, elles sont modelées, sculptées, gravées.

 

La couture assemble des pièces soigneusement coupées aux contours étudiés pour créer une forme déterminée. Les charpies se construisent comme elles peuvent autour d’un embryon de déchirures de tissu enchevêtrées. La couture arrête les fils ; les charpies laissent courir le temps. La couture suit un patron ; l’art est libre.

 

Les sculptures en charpie ne sont pas pensées ; elles s’extirpent du chaos de l’informe au fur et à mesure des propositions de la matière.

 

Je ne couds pas les choses en charpie, je les embobine. J’amalgame de la matière et je les modèle en les entortillant de fil. Je ne les couds pas à petits points, j’agglutine à grandes lignes. Ce faisant, je les pique, les transperce, les sculpte dans la chair du tissu et mon outil est une aiguille aiguisée.

 

Cette matière semble douce, mais elle est rebelle et exigeante. Elle blesse comme le métal, elle est dense comme la pierre, elle résiste comme la chair.

 

On pourrait parler de broderie si l’on reste à la surface. Mais toute la forme est pénétrée jusqu’au cœur. Petit à petit naît un corps à la force du fil.

 

J’ai l’air de broder, mais je grave la peau au burin.

 

ààà

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  359# Choses en charpie 00-1

 

 

21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 00:00

 

 

 

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Mais c’est avec son bandeau qu’il voit. C’est avec tout son cousu qu’il découd, qu’il recoud, avec son manque qu’il possède, qu’il prend.

Henri Michaux – La vie dans les plis

 

 

 

 

Les sculptures en charpie sont nées d’une grande compassion pour ce qu’il reste des vêtements qui nous enveloppent et nous protègent, puis finissent usés, imprégnés, épuisés. Ils retiennent dans leur trame une part de notre humanité.

 

ààà

 

Tout a commencé avec un drap que je ne pouvais me résoudre à jeter parce que j’avais si longtemps dormi dans ses plis. M’en débarrasser était injuste et impossible, comme il est impossible de jeter ses souvenirs et ses rêves à la poubelle.

 

Déchirer ces tissus pour en refaire un matériau malléable est moins une libération qu’une réparation, dans un monde où on n’accorde pas d’importance aux traces. Je fabrique des formes anthropomorphes comme l’exige l’humanité de la matière. L’aspect de ces poupées peut sembler rebutant, mais pas plus qu’un petit tout couvert de sang qui vient juste de naître. Elles ne se veulent pas violentes. Elles montrent simplement la vérité de la matière, la constance du temps, la fragilité humaine.

 

Ces poupées ne souffrent pas, elles sont juste nues, démunies, comme au premier jour.

 

Ce sont des sculptures-peau sans peau, des écorchés qui portent leur âme à fleur de chair, leur chair chiffonnée par l’émotion. Ils sont à vif, la chair en charpie et la peau en lambeaux. Comme nous parfois, mais nous nous cachons dans nos vêtements neufs.

 

Je voulais construire un réceptacle aux âmes des vêtements.

 

ààà

 

 

 

 

 

 

14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 00:00

 

 

 

Les soutien gorges perdent trop vite la vigueur de leurs élastiques et la fraîcheur de leurs dentelles.

La respiration les étire, les aspirations les détendent, les émotions les oppressent.

Tombent leurs ailes de passion,

Palpitent les désirs transparents,

 

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et les pensées, et les regrets...

 

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Un sweet d’homme, taille déménageur, déchiré en charpie

devenu doux duvet d’oiseau rouge,

se love au creux des coupes des soutiens gorges,

comme la pulpe d’un sein.

 

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Papillonnent les souvenirs.

On entend des soupirs.

 

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Dimensions du noir et rouge : 56 sur 40,5 cm

Dimensions du blanc ficelé de rouge : 43 sur 40,5 cm

Dimensions du blanc aux filaments rouges : 43 sur 40,5 cm

 

 

 

 

 

5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 10:00

 

 

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Tous les oiseaux cherchent leur nid.

Quand ils sortent du nid de leur mère, c’est pour aller en construire un autre ailleurs.

 

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Car tous les oiseaux ont besoin d’un nid.

 

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Il y a des nids étroits, et d’autres largement ouverts. Il y a des nids de dentelles blanches et d’autres de coton noir.

Il y a de jeunes nids bien ourlés,

des nids aux larges lèvres volantées,

des nids ébouriffés d’agitation,

et des nids gonflés comme des édredons,

des nids tendus comme des toiles d’araignée…

Il y a aussi des nids tout déchirés.

 

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Parmi ces nids dans lesquels on s’enfonce, certains sont profonds et d’autres à peine creux. Sont-ils tous sans issue ?

 

Tous les oiseaux se lovent au chaud dans leur nid quand la nuit tombe.

 

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237# 2011 Choses en charpie (6) : les caleçons - les petits oiseaux

 

 

 

 

 

 

11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 00:00

 

 

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C’est un drap rose lilas sur lequel ont reposé pendant plusieurs années, les corps de deux amoureux. L’amour et le désir l’ont usé jusqu’à le rendre doux comme une peau tannée. Il s’est déchiré du bout des doigts, dans une plainte de soie.

 

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Il faut dire qu’il n’était pas neuf ; il avait déjà porté d’autres amours fichues : il était un peu condamné.

 

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J’en ai fait de la charpie pour éponger les blessures, pour étouffer les douleurs. J’en ai fait cette femme : Celle qui reste.

 

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Elle est celle qui reste quand tu n’es plus là.

Elle est celle qui reste parce qu’elle aime trop ou qu’elle aime mal.

Elle est la perdante et la perdue.

 

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Son ventre se gorge de charpie d’amour, une bouillie d’amour devenue sa chair. Elle reste écorchée, ouverte sur des emmêlements infinis. Son corps est entouré de bandelettes comme celui des momies ou des grands brûlés. On voit sur sa peau les nœuds de souffrance qui retiennent sa forme. Elle est pansée, elle est toute pensée, c’est pourquoi elle ne dort pas.

 

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De toute façon il n’y a plus de drap rose lilas où coucher sa désespérance.

 

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Celle qui reste a des entrailles rose lilas, un rose bleui par le froid, un rose violacé sous les coups du sort, un rose maladif, étrange, inquiétant. Elle n’est presque plus en vie, elle oublie d’exister. Comme tous les abandonnés de la Terre, elle reste là, inconsolée.

 

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hauteur totale  : 135 cm

hauteur de la femme : 50 cm

  largeur : 25 cm

 

 

 

 

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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 00:00

 

 

Premièrement, il y avait trois catégories d’êtres humains, et non pas deux, comme maintenant, à savoir le mâle, la femelle. (…) En ces temps-là en effet, il y avait l’androgyne, un genre distinct qui, pour le nom comme pour la forme, faisait la synthèse des deux autres, le mâle et la femelle. Aujourd’hui, cette catégorie n’existe plus (…).

Deuxièmement, la forme de chaque être humain était celle d’une boule, avec un dos et des flancs arrondis. Chacun avait quatre mains, un nombre de jambes égal à celui des mains, deux visages sur un cou rond avec, au-dessus de ces deux visages en tout point pareils et situés à l’opposé l’un de l’autre, une tête unique pourvue de quatre oreilles. En outre, chacun avait deux sexes et tout le reste à l’avenant (…).

 

Cela dit, leur vigueur et leur force étaient redoutables, et leur orgueil immense. Ils s’en prirent aux dieux (…).

 

C’est alors que Zeus et les autres divinités délibérèrent pour savoir ce qu’il fallait faire ; et ils étaient bien embarrassés. Ils ne pouvaient en effet ni les faire périr et détruire leur race comme ils l’avaient fait pour les Géants en les foudroyant – car c’eût été la disparition des honneurs et des offrandes qui leur venaient des hommes –, ni supporter plus longtemps leur impudence. Après s’être fatigué à réfléchir, Zeus déclara : « Il me semble, dit-il, que je tiens un moyen pour que, tout à la fois, les êtres humains continuent d’exister et que, devenus plus faibles, ils mettent un terme à leur conduite déplorable. En effet, dit-il, je vais sur le champ les couper chacun en deux ; en même temps qu’ils seront plus faibles, ils nous rapporteront davantage, puisque leur nombre sera plus grand et ils marcheront en position verticale sur deux jambes ; mais s’ils ne veulent pas rester tranquilles, alors, poursuivit-il, je les couperai en deux encore une fois, de sorte qu’ils déambuleront sur une seule jambe à cloche-pied. » Cela dit, il coupa les hommes en deux (…).

 

Quand il avait coupé un être humain, il demandait à Apollon de lui retourner du côté de la coupure le visage et la moitié du cou, pour que, ayant cette coupure sous les yeux, cet être humain devînt plus modeste ; il lui demandait aussi de soigner les autres blessures. Apollon retournait le visage et, ramenant de toutes parts la peau sur ce qu’on appelle à présent le ventre, procédant comme on le fait avec les bourses à cordons, il l’attachait fortement au milieu du ventre en ne laissant qu’une cavité, ce que précisément on appelle le « nombril ». Puis il effaçait la plupart des autres plis en les lissant et il façonnait la poitrine, en utilisant un outil analogue à celui qu’utilisent les cordonniers pour lisser sur la forme les plis du cuir. Il laissa pourtant subsister quelques plis, ceux qui se trouvent dans la région du ventre, c’est-à-dire du nombril, comme un souvenir de ce qui était arrivé dans l’ancien temps.

Quand donc l’être humain primitif eut été dédoublé par cette coupure, chaque morceau, regrettant sa moitié, tentait de s’unir de nouveau à elle. Et, passant leurs bras autour l’un de l’autre, ils s’enlaçaient mutuellement, parce qu’ils désiraient se confondre en un même être, et ils finissaient par mourir de faim et de l’inaction causée par leur refus de rien faire l’un sans l’autre. (…)

 

Mais, pris de pitié, Zeus s’avise d’un autre expédient : il transporte les organes sexuels sur le devant du corps des êtres humains. (…) Et ce faisant il rendit possible un engendrement mutuel, l’organe mâle pouvant pénétrer dans l’organe femelle. (…)

 

C’est donc d’une époque aussi lointaine que date l’implantation dans les êtres humains de cet amour, celui qui rassemble les parties de notre antique nature, celui qui de deux êtres tente de n’en faire qu’un seul pour ainsi guérir la nature humaine. Chacun d’entre nous est donc la moitié complémentaire d’un seul être humain, puisqu’il a été coupé, à la façon des soles, un seul être en produisant deux ; et sans cesse donc chacun est en quête de sa moitié complémentaire.

Discours d’Aristophane, le Banquet (189d – 191d), Platon.

 

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Avec la veste du costume Lanvin, son étoffe extérieure et ses pelures intérieures cachées, j’ai fait un androgyne, un être qui n’existe plus, un paradis perdu. Avec les tissus ignorés même du porteur du vêtement, j’ai fait un corps inconnu, et pourtant enfoui dans les mémoires anciennes.

 

Alors que le pantalon du costume Lanvin a été usé de réflexions, la veste a palpité d’émotion.

 

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L’androgyne vivait heureux, sans questions ni regret.

Il ne connaissait pas la solitude, il avait toujours quelqu’un sur le dos. Il tournait le dos aux problèmes. Il respirait dans l’inconscience d’être.

 

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Il n’avait ni fesses ni nombril. Il se présentait sans pli comme s'il n'était jamais né.

 

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Mais l’androgyne issu de la veste de l’homme a déjà maigri. Ses deux visages se différencient. Il perd doucement ses forces. Car sous son air grave, il sent venir la coupure. Il sait que par cette blessure, il connaîtra l’angoisse et le doute, la maigreur et le fripement, l’amour et le manque à jamais. Finalement, il n’est pas sûr que ça en vaille la peine.

 

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L’idée d’un nombril flotte sur son ventre. Il ne sait pas encore ce que cela veut dire.

 

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Avec ses huit membres il ressemble à une grosse araignée qui se serait emmêlée dans les fils de sa propre toile. Par un visage il voit fuir le passé insouciant, et par l’autre il regarde venir l’avenir angoissant. Il est déchiré avant même la déchirure.

 

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Car jamais l’androgyne n’a pu faire l’amour avec sa moitié.

 

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L’androgyne est le désir immanent au cœur de l’homme, caché dans la poche intérieure de sa veste. L’envie régressive de se suffire à soi même sans souffrance, sans effort, sans cadeau à offrir ni explications à fournir, sans être obligé de faire semblant de comprendre ce que vous raconte votre compagne, et qui vous échappe absolument. L’androgyne est un rêve d’enfant.

 

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  Hauteur : 100 cm

  Largeur : 25 cm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 avril 2011 1 04 /04 /avril /2011 00:00

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le costume Lanvin en laine et lin est de qualité Lanvin. Il n’a pas été cousu pour se défaire facilement. Sous sa souple étoffe grège se dissimulaient de multiples couches fines de tissus différents aux fonctions bien distinctes : délicat coton, gros grain rayé, doublure dorée, ouate douce, gaze amidonnée, tissage robuste… En déchirant, je pénètre dans la complexité des profondeurs. L’entre-deux invisible ouvre son intimité subtile. La charpente et la chair du vêtement ressemblent à celles des corps.

 

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Je déchire une peau beige. Le tissu de droit fil se sépare d’un geste en un cri grave. Le tissu de biais bloque la fente d’un coup sec.

 

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Le pantalon du costume Lanvin était usé aux fesses. On voyait à travers. Il libère dans l’éraillure un flot de fils de lin emmêlés comme les méandres d’une pensée qui balance.

 

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Se balance l’homme au costume Lanvin, à la chair rayée des stratifications intérieures mises à nu. Il pense.

 

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En suspens, il hésite. Il évite. Il lévite.

 

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Poussent des plumes d’idées au bout de ses doigts fins.

 

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Coule de ses membres l’eau de sa réflexion circulaire.

 

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hauteur totale  : 95 cm

largeur : 40cm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 00:00

 

 

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Avec de la charpie, les oiseaux font leur nid.

Avec la charpie de caleçons, je fais des oisillons.

 

Ils n’ont pas encore d’ailes.

 

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Le petit oiseau des caleçons ne se montre pas toujours. Il se fait parfois prier. Il se cache bien au chaud dans son nid douillet.

 

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Il arrive qu’il sorte sans prévenir. Coucou !

 

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Pour être pris au sérieux, il se déguise parfois en gros oiseau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 00:00

 

 

C’était un peignoir de mariage, offert pour la nuit de noces. Un vêtement d’éponge blanche et d’abandon.

 

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Il a vécu bien au-delà de la mort du couple. Il a vu les matins heureux entre les époux, les matins de colère et d’affrontement, et ceux d’indifférence. Il a senti d’autres aubes d’amour se lever, et de nouveaux corps en lui se lover.

 

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Il a touché des peaux nues encore chaudes de sommeil et d’étreintes.

 

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Il a été taché de confiture, de café, de sperme et de sang. Il retrouvait de plus en plus difficilement sa blancheur originelle.

 

Il a été usé jusqu’à la corde, jusqu’à en perdre toute capacité à éponger une larme. Il a perdu ses bouclettes innocentes. Un jour, sa ceinture s’est rompue : il ne pouvait plus rien retenir.

 

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Sa charpie est douce, gorgée de l’intime des corps et des hyménées. Elle s’éparpille en petits bouts blancs qui s’envolent d’un souffle. Il faut les rassembler pour reconstituer l’âme de mariés unis, comme il en existe dans les rêves.

 

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Le temps réduit la chair et l’amour en charpie. La couturière cherche à réparer, à repriser, à resserrer ce qui se sépare, à reconstituer ce qui se délite. Elle se blesse et souffre, l’aiguille se tord dans l’épaisseur du temps. La charpie sert à éponger le sang de ceux qui se souviennent trop et raccommodent infatigablement les lambeaux de la mémoire.

La raccommodeuse crie de douleur, de surprise et de colère. Obstinée, elle reprend son travail patient de consolation.

 

Avec le fil, avec le temps, avec le fil du temps, roulent les bobines, se tisse l’attachement.

Ne lâchez pas la main de votre marié(e).

 

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hauteur totale : 60 cm

largeur: 40 cm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 00:00

 

 

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201# 2010 Choses en charpie (2) : les chemises blanches (1) - Le pisseur

207# 2010 Choses en charpie (3) : les chemises blanches (2) - Le battant (de la cloche)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

hauteur totale : 83 cm

hauteur de l’homme : 29 cm

largeur : 15 cm 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 00:00

 

 

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 201# 2010 Choses en charpie (2) : les chemises blanches (1) - Le pisseur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

hauteur totale : 64 cm

hauteur de l’homme : 48 cm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 00:00

 

 

 

Avant, c’était des chemises blanches, les chemises blanches d’un homme élégant.

 

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Elles ont jauni, jauni de sueur et de stress dans un monde dur où il faut savoir gagner.

Elles ne sont plus impeccables, elles ne sont plus dignes d’habiller un cadre, elles trahissent la faiblesse et le doute.

 

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Quand je les ai récupérées, elles ont résisté à la déchirure : elles s’estimaient de bonne qualité, de bonne marque, de bonne éducation. Elles se tenaient roides, nettes et sans pli. La charpie, pour elles, est une déchéance.

 

 

 

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Elles ne sont plus repassées, elles sont repassées dans une autre vie.

Et pourtant

Elles n’ont pas perdu leur beauté. Leur matière se maintient ferme et drue. Dressée.

 

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L’aiguille de la couturière pénètre ce corps d’homme. Dans tous les sens, le transperce, le possède, l’enserre, le construit. Evidemment la masculinité de la matière se rebelle, et malgré le dé, les doigts de la couturière saignent.

 

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Le fil est blanc qui retient la chair ; puis trempé de rouge, il se gorge de sang, irrigue la peau blême qui se tache, devient rose, douloureuse, vivante.

 

  

 

Je travaille dans l’odeur de cet homme, le parfum de sa peau resté dans la propreté des chemises blanches. Je travaille dans le souvenir de son corps.

 

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195# 2010 Choses en charpie (1) : le drap rose pâle - Ariane

 

 

 

 

 

 

hauteur totale : 86 cm

hauteur du personnage : 55 cm

largeur : 18cm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 00:00

 

 

 

«Pour moi, la sculpture c’est le corps. Et mon corps est ma sculpture.»

Louise Bourgeois

 

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C’était un drap rose pâle sur lequel j’ai longtemps dormi.

J’aimais sa couleur tendre comme le creux d’un coquillage quand j’ouvrais le lit.

Je l’ai usé de tours, de détours et de retours à chercher l’issue des rêves ; je l’ai déchiré de cauchemars et d’angoisse sans sommeil ; je l’ai épuisé.

 

Il s’en est allé en charpie, il s’en est allé.

 

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Ce drap élimé a retenu dans ses fils toute une part de mon intimité, il s’est poli au contact de ma peau, il sait de moi des moments d’abandon que je ne connais pas. J’ai dormi dans la confiance de sa présence. Il porte mon empreinte en souvenir de moi.

 

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Les choses nous font plus que nous ne les fabriquons.

Et puis un jour, elles nous quittent.

 

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Cette chose douce rose fanée tombe en lambeaux de peau de m’avoir supportée, entourée, rassurée. Fragile et jaunie comme une dentelle du temps, elle semble un tissage de mémoires, une gaze de songes emmêlés à travers laquelle coule la vie enfuie.

 

Avec toute la patience et l’attention qui lui sont dues, je l’ai délicatement déchiquetée.

 

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Du tissu je suis revenue au fil, de la tache je suis revenue à la ligne.

Du rose de la chair je suis retournée au filament, à la fibre musculaire, au réseau de vaisseaux sanguins. J’ai malaxé une matière déjà presque humaine d’avoir tant enveloppé un corps. J’ai fait de la charpie pour éponger le sang, panser les blessures et modeler un être.

 

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Imprégné d’odeurs et de rêveries de femme, le drap rose s’est incarné.

 

Ariane est faite d'enchevêtrements d'amours et de noeuds de temps, de pleurs versés sur les fils coupés.

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

hauteur totale : 135 cm

hauteur de la femme : 65 cm

largeur : 14 cm

 

 

 

 

 

 

 

 

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