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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 00:00

 

La chèvre folle

 

 

La chèvre, un matin, eut envie de vivre –

Comme on dit – dangereusement.

Elle avait trop lu la vie dans les livres...

C’était un matin de bonheur pourtant,

L’herbe tendre au soleil et la chaîne légère.

Mais rien ne vous retient quand cette envie vous prend

Trompant la petite bergère

Qui tricotait pour son trousseau,

Laissant ses sœurs et son chevreau

Elle partit pour la colline,

Seule, à la recherche du loup.

 

THEVENOT AC lachèvrefolle série1 1sur3r

 

Monsieur Seguin, on l’imagine,

Ne l’avait pas rouée de coups

Son étable était propre et la main sans rudesse

Qui venait la traire le soir...

Mais quand cette envie-là vous presse

On a beau entendre et savoir

Que le bonheur est là, bien au chaud dans la paille,

Chèvre ou femme, il faut qu’on s’en aille.

Elle marcha toute la nuit.

Le loup la suivait à la trace,

Tout étonné de cette audace,

Se demandant si l’on se moquait pas de lui.

C’était un loup très vieux qui en avait tant vu,

Qu’il était rare qu’on le prît au dépourvu.

Cette chèvre lâchée, seule, dans la rocaille,

Sur son terrain de chasse où nul ne se risquait,

Ne lui disait rien qui vaille.

Il pensait que, s’il la croquait,

Il tombait dans les batteries

Du vieux Marquis de Perpessac,

Lieutenant de louveterie,

Lequel avait plus d’un tour dans son sac.

Mais son ennemi avait de la tête.

Notre loup pensa : « Pas si bête,

Je vous ai percé, Monsieur le Marquis !

Et cette chèvre en plein maquis

C’est une ruse trop grossière.

Je dois assurer mes arrières.

Bien le bonjour chez vous, mais pas un coup de dent ! »

Il fit un demi-tour prudent

Et il regagna sa tanière.

 

THEVENOT AC lachèvrefolle série1 2sur3r

 

Ayant erré un jour et une nuit

Entière,

Sans rencontrer son ennemi,

La chèvre, avec au cœur son courage inutile,

Résignée à la vie tranquille,

Sentit qu’il fallait faire un geste, au moins.

Ah ! comme les chèvres sont femmes...

L’ayant trouvé sur son chemin

Qui la cherchait la mort dans l’âme –

Elle encorna Monsieur Seguin.

 

THEVENOT AC lachèvrefolle série1 3sur3r

 

 

 

Jean Anouilh

 

 

 

 

Illustrations réalisées dans le cadre du concours Jean Anouilh 2011

 

 

19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 00:00

 

La chèvre folle

 

 

La chèvre, un matin, eut envie de vivre –

Comme on dit – dangereusement.

Elle avait trop lu la vie dans les livres...

C’était un matin de bonheur pourtant,

L’herbe tendre au soleil et la chaîne légère.

Mais rien ne vous retient quand cette envie vous prend

Trompant la petite bergère

Qui tricotait pour son trousseau,

Laissant ses sœurs et son chevreau

Elle partit pour la colline,

Seule, à la recherche du loup.

 

THEVENOT AC lachèvrefolle série2 1sur3cr

 

Monsieur Seguin, on l’imagine,

Ne l’avait pas rouée de coups

Son étable était propre et la main sans rudesse

Qui venait la traire le soir...

Mais quand cette envie-là vous presse

On a beau entendre et savoir

Que le bonheur est là, bien au chaud dans la paille,

Chèvre ou femme, il faut qu’on s’en aille.

Elle marcha toute la nuit.

Le loup la suivait à la trace,

Tout étonné de cette audace,

Se demandant si l’on se moquait pas de lui.

C’était un loup très vieux qui en avait tant vu,

Qu’il était rare qu’on le prît au dépourvu.

Cette chèvre lâchée, seule, dans la rocaille,

Sur son terrain de chasse où nul ne se risquait,

Ne lui disait rien qui vaille.

Il pensait que, s’il la croquait,

Il tombait dans les batteries

Du vieux Marquis de Perpessac,

Lieutenant de louveterie,

Lequel avait plus d’un tour dans son sac.

Mais son ennemi avait de la tête.

Notre loup pensa : « Pas si bête,

Je vous ai percé, Monsieur le Marquis !

Et cette chèvre en plein maquis

C’est une ruse trop grossière.

Je dois assurer mes arrières.

Bien le bonjour chez vous, mais pas un coup de dent ! »

Il fit un demi-tour prudent

Et il regagna sa tanière.

 

THEVENOT AC lachèvrefolle série2 2sur3br

 

Ayant erré un jour et une nuit

Entière,

Sans rencontrer son ennemi,

La chèvre, avec au cœur son courage inutile,

Résignée à la vie tranquille,

Sentit qu’il fallait faire un geste, au moins.

Ah ! comme les chèvres sont femmes...

L’ayant trouvé sur son chemin

Qui la cherchait la mort dans l’âme –

Elle encorna Monsieur Seguin.

 

THEVENOT AC lachèvrefolle série2 3sur3cr

 

Jean Anouilh

 

 

 

 

 

 

 

 

Illustrations réalisées dans le cadre du concours Jean Anouilh 2011

 

 

12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 00:00

 

 

 

La cigale

 

 

La cigale ayant chanté

Tout l’été,

Dans maints casinos, maintes boîtes

Se trouva fort bien pourvue

Quand la bise fut venue.

Elle en avait à gauche, elle en avait à droite,

Dans plusieurs établissements.

Restait à assurer un fécond placement.

Elle alla trouver un renard,

Spécialisé dans les prêts hypothécaires

Qui, la voyant entrer l’œil noyé sous le fard,

Tout enfantine et minaudière,

Crut qu’il tenait la bonne affaire. 

« Madame, lui dit-il, j’ai le plus grand respect

Pour votre art et pour les artistes.

L’argent, hélas ! n’est qu’un aspect

Bien trivial, je dirais bien triste,

Si nous n’en avions tous besoin,

De la condition humaine.

L’argent réclame des soins.

Il ne doit pourtant pas devenir une gêne.

À d’autres qui n’ont pas vos dons de poésie

Vous qui planez, laissez, laissez le rôle ingrat

De gérer vos économies,

À trop de bas calculs votre art s’étiolera.

Vous perdriez votre génie.

Signez donc ce petit blanc-seing

Et ne vous occupez de rien. »

Souriant avec bonhomie,

« Croyez, Madame, ajouta-t-il, je voudrais, moi,

Pouvoir, tout comme vous, ne sacrifier qu’aux muses ! »

Il tendait son papier. « Je crois que l’on s’amuse »,

Lui dit la cigale, l’œil froid.

Le renard, tout sucre et tout miel,

Vit un regard d’acier briller sous le rimmel.

« Si j’ai frappé à votre porte,

Sachant le taux exorbitant que vous prenez,

C’est que j’entends que la chose rapporte.

Je sais votre taux d’intérêt.

C’est le mien. Vous l’augmenterez

Légèrement, pour trouver votre bénéfice.

J’entends que mon tas d’or grossisse.

J’ai un serpent pour avocat.

 Il passera demain discuter du contrat . »

 

THEVENOT AC la cigale 1sur1b2r

 

L’œil perdu, ayant vérifié son fard,

Drapée avec élégance

Dans une cape de renard

(Que le renard feignit de ne pas avoir vue),

Elle précisa en sortant :

« Je veux que vous prêtiez aux pauvres seulement... »

(Ce dernier trait rendit au renard l’espérance.)

« Oui, conclut la cigale au sourire charmant,

On dit qu’en cas de non-paiement

D’une ou l’autre des échéances,

C’est eux dont on vend tout le plus facilement. »

Maître Renard qui se croyait cynique

S’inclina. Mais depuis, il apprend la musique.

 

Jean Anouilh

 

 

 

 

 

illustration réalisée dans le cadre du concours Jean Anouilh 2011

 

 

15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 00:00


- On voit bien, concluait le père,
que vous n’avez jamais eu affaire au loup…
Alors, comme la plus blonde donnait du coude à sa sœur,
les petites éclatèrent d’un grand rire, à la barbe de leur père.
On les coucha sans souper, pour les punir de cette insolence,
mais longtemps après qu’on les eût bordées dans leurs lits,
elles riaient encore de la naïveté de leurs parents.
Marcel Aymé
Les contes du chat perché – le loup.





Le Petit Chaperon rouge se hâta de chercher de grosses pierres, qu’ils fourrèrent dans le ventre du Loup. Quand celui-ci se réveilla, il voulut bondir, mais les pierres pesaient si lourd qu’il s’affala et resta mort sur le coup.

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Pauvre Loup enceint de lourdes pierres, qui mourra d’accoucher d’une femme.
Ce mâle érectile devient fente de femme, rondeur de mère.

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- Déshabille-toi, mon enfant, dit le Loup, et viens te coucher avec moi.
- Où faut-il mettre mon tablier ?
- Jette-le au feu, mon enfant, tu n’en auras plus besoin.
Et pour tous les habits, le corset, la robe, le cotillon, les chausses, elle lui demandait où les mettre. Et le Loup répondait : « Jette-les au feu, mon enfant, tu n’en auras plus besoin. »

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Car le Loup, c’est lui qui fait tout.
Il apparaît au carrefour de la vie ; il indique les chemins possibles ; il enseigne le strip-tease aux jeunes filles ; il ouvre les portes fermées ; il réchauffe les pieds glacés au fond des lits. 


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Le Loup est un passeur de mystère.

C’est lui qui fait grandir les gamines. (Et vieillir aussi).
C'est lui qui rassure les plus grandes quand elles se trouvent vieilles ou laides. Séducteur, prince charmant, chevalier, crooner, grand seigneur, ... le Loup sait tout faire. Au moins pour quelques heures.
Sans lui, le temps féminin ne déroule plus ses anneaux.

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S'il n'y avait pas le danger du Loup, les femmes seraient-elles aussi belles ?


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- Pousse la porte, dit le Loup, elle est barrée avec une paille mouillée.

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Heureusement pour le désir qu’on rencontre encore des Loups au détour des contes.


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Les textes en italiques sont extraits du Petit Chaperon rouge de Charles Perrault, des Frères Grimm et de versions orales citées sur le site de la BnF, Contes de Fées.

8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 00:00

 

 

Va dans les bois, va.

Si tu ne vas pas dans les bois,

jamais rien n'arrivera, jamais ta vie ne commencera.

Clarissa Pinkola Estès - Femmes qui courent avec les loups

 
 
L’homme est un loup pour l’homme.




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Le Loup est une animal féroce, un dragon obscur, un monstre dévorateur qui renvoie l’homme à la terreur du noir originel, et le replonge au ventre de sa mère.

Le Loup engloutit le temps humain.


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Le Loup absorbe l’humain des hommes et laisse apparaître la Bête.

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Le Loup, c’est un loulou, c’est un loubard.

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Le Loup, c’est le diable aussi.

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Et c’est la liberté.

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Un loup n’avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s’était fourvoyé par mégarde.
L’attaquer, le mettre en quartier,
Sire loup l’eût fait volontiers ;
Mais il fallait livrer bataille,
Et le mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le loup donc l’aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint, qu’il admire.
« Il ne tiendra qu’à vous, beau sire,
d’être aussi gras que moi, lui repartit le chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, hères, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi ? rien d’assuré ; point de franche lippée ;
Tout à la pointe de l’épée
Suivez-moi, vous aurez un bien meilleur destin. »
Le loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ?

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- Presque rien, dit le chien : donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son maître complaire :
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons,
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de maintes caresses. »
Le loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant, il vit le col du chien pelé.
« Qu’est-celà ? lui dit-il. – Rien. – Quoi ? Rien ? – Peu de chose.
- Mais encor ? – Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché ? dit le loup : vous ne courrez donc pas
où vous voulez ? – Pas toujours ; mais qu’importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. »
Cela dit, maître loup s’enfuit, et court encor.

La Fontaine

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Dans une société bien pensante, bien rangée et bien croyante, tous les loups ont été massacrés au nom de la propreté. Et privés de fantasmes, de soupirs et de frissons, les gens s’endorment devant la télévision. Leurs nuits sont vides d’étreintes poilues et de dents mordilleuses. Tranquilles ils sont et s’ennuient à mourir. 


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Comment savoir avec le Loup, la part du réel et celle de l’imaginaire ? Il hante les mémoires comme un fantôme les ténèbres ancestrales. Il hurle encore dans l’air glacé du passé de l’homme. 

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Le Loup est mort d’avoir dans ses yeux d’ambre, un reflet d’humanité.

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Alors quelques fols philosophes font revenir le Loup en douce au fond des forêts.
Pour nous réapprendre à rêver.
1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 00:00


Le fond de la matière est rouge.
Tout en nous s’en souvient.
Toute approche du Jardin fait rougir encore.
Notre sexe s’en souvient. Notre cœur s’en souvient.
Pascal Quignard
Abîmes




 [Le chasseur] posa son fusil, prit des ciseaux et se mit à tailler le ventre du Loup endormi. Au deuxième ou au troisième coup de ciseaux, il vit le rouge chaperon qui luisait. Deux ou trois coups de ciseaux encore, et la fillette sortait du Loup en s’écriant :
- Ah ! Comme j’ai eu peur ! Comme il faisait noir dans le ventre du loup !


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Car tout est noir chez le Loup. Son poil hirsute, sa gueule ouverte, son ventre chaud.
Le Loup est la nuit noire des métamorphoses.

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Le Loup accouché par le Chasseur : entre les dents acérées et les ciseaux pointus, apparaît la rouge lumière d’un corps féminin.
Sortir du ventre du loup, c’est une seconde naissance, la venue à une vie de femme baptisée de rouge sang.
Le Petit Chaperon rouge ne tentera plus d’approcher l’inconnu. Elle ne quittera plus le droit chemin pour cueillir des fleurs et courir après les papillons. 
Elle saura choisir sagement entre le Chasseur et le Loup.

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Elle lui dit : « Ma Mère-Grand, que vous avez de grands bras ! »
« C’est pour mieux t’embrasser, ma fille. »


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Le noir du Loup pour inventer les ténèbres du mal, l’opacité du secret, la tiédeur de la nuit.

Le rouge du Petit Chaperon pour colorer les lèvres, le sang, le désir, la matrice.
Il faut tout le noir du Loup pour éteindre cet incendie.

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L’ultime refuge de l’ombre au creux des bras du Loup.


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Moralité
On voit ici que les jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles
Belles, bien faites et gentilles,
Font très mal d’écouter toute sorte de gens, 
Et que ce n’est pas chose étrange,
S’il en est tant que le Loup mange.


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Je dis le Loup, car tous les Loups
Ne sont pas de la même sorte ;
Il en est d’humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui privés, complaisants et doux, 
Suivent les jeunes demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles ;
Mais hélas ! qui ne sait que ces Loups doucereux,
De tous les Loups sont les plus dangereux.

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Dans la gueule du Loup,
elle y est allée en cueillant des fleurs,
en dansant, en chantant,
elle y est entrée toute nue.

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Les textes en italiques sont extraits du Petit Chaperon rouge de Charles Perrault, des Frères Grimm et de versions orales citées sur le site de la BnF, Contes de Fées.

22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 00:00


Tout le plaisir du jeu était dans l’imprévu,
car le loup n’attendait pas toujours d’être prêt pour sortir du bois.
Il lui arrivait aussi bien de sauter sur sa victime
alors qu’il était en manches de chemise,
ou n’ayant même pour tout vêtement qu’un chapeau sur la tête.
Marcel Aymé
Les contes du chat perché – le loup.



Le loup dans la bergerie




Fort de ce renseignement, le Loup pensa : « Un fameux régal, cette mignonne et tendre jeunesse ! Grasse chair, que j’en ferai : meilleure encore que la grand-mère, que je vais engloutir aussi. Mais attention, il faut être malin si tu veux les déguster l’une et l’autre. »
Telles étaient les pensées du Loup tandis qu’il faisait un bout de conduite au Petit Chaperon rouge.

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Rouge est le petit chaperon, enveloppant et seyant, en velours si doux quand on s’y glisse.


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Sa voracité satisfaite, le Loup retourna se coucher dans le lit et s’endormit bientôt, ronflant de plus en plus fort.

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Jeunes filles,
sachez qu’après avoir croqué un Petit Chaperon rouge, les Loups s’endorment aussitôt.
Et qu’ils ronflent.


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Sachez aussi qu’ils couchent indifféremment avec des Mères-Grand ou des Petits Chaperons rouges. 
Et donc qu’ils mentent, qu’ils sont de mauvaise foi, sinon comment se sortiraient-ils de ces situations de loulou, de loups louches ?


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Quand elle fut couchée, la petite fille lui dit : 
- Oh, ma grand, que vous êtes poilouse !
- C’est pour mieux me réchauffer, mon enfant !

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Ah oui, ils sont plein de poils, aussi, les Loups.
C’est tout doux.


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Loup y es-tu ? que fais-tu ? m’entends-tu ?

- JE SUIS PRÊT ET JE TE CHERCHE !

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Et puis, les Loups racontent toujours des histoires, on ne sait jamais vraiment qui ils sont ; parfois des clowns, parfois des princes charmants, parfois de pauvres types, parfois des magiciens ; ils se déguisent en n’importe quoi, même en grands-mères ; et donc, comment s’y retrouver, comment les croire ; les Loups : ce sont des comédiens.

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Allons, petits Chaperons rouges, il faut en rire.


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Les textes en italiques sont extraits du Petit Chaperon rouge de Charles Perrault, des Frères Grimm et de versions orales citées sur le site de la BnF, Contes de Fées.

15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 00:00



Comme le loup protestait de ses bonnes intentions, 
elle lui jeta au nez :
- Et l’agneau, alors ?… Oui, l’agneau que vous avez mangé ?
Le loup n’en fut pas démonté.
- L’agneau que j’ai mangé ? Lequel ?
- Comment ? vous en avez donc mangé plusieurs ! s’écria Delphine. 
Eh bien ! C’est du joli !
- Mais naturellement que j’en ai mangé plusieurs.
Je ne vois pas où est le mal… Vous en mangez bien, vous !
Marcel Aymé
Les contes du chat perché – le loup.




Une faim de loup


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Le Loup, la voyant entrer, lui dit en se cachant dans le lit sous la couverture : « Mets la galette et le petit pot de beurre sur la huche, et viens te coucher avec moi ». Le Petit Chaperon rouge se déshabille, et va se mettre dans le lit, où elle fut bien étonnée de voir comme sa Mère-Grand était faite en son déshabillé.

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Au lit de la grand-mère, il se passe tant de choses.
Au lit de la grand mère coule une rivière profonde, s’enfonce le passage des enfants pas sages.


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Au lit de la mère, est née l’enfant, belle et fraîche, nourrie, choyée, enveloppée de douceur rouge pour, un jour, la consolation des Loups.
Au lit de la mère-grand, s’apprend le danger, la confrontation du noir et du rouge, la peur et la douleur, l’étonnement, l’abandon, l’ingestion.


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Et c’est toujours une longue filiation de femmes, une laisse de mères et de filles enchaînées, qu’il faut porter.

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- Oh ! Grand-Mère, quelle grande bouche et quelles terribles dents tu as !
- C’est pour mieux te manger, dit le Loup, qui fit un bond hors du lit et avala le Petit Chaperon rouge d’un seul coup.

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Mandibules qui articulent et mâchoires qui mastiquent
Mandications mâcheuses de mante religieuse
Masticatoires ouvrant à la méditation
toutes ces bouches affamées parlent, avalent et recrachent, 
toutes ces bouches ouvertes sur une faim sans fin, sur un désir sans fond.


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Et c’est ainsi que, dans les versions orales du conte, le Loup invite le Petit Chaperon rouge à cuisiner, à manger de la viande et à boire du vin, qui sont en réalité la chair et le sang de sa Grand-Mère. 

Une Mère-Grand crucifiée sur l'autel de la vie : "vous ferez l'amour en mémoire de moi".

Au noir profond des gorges béantes, tombe un vieux corps devenu stérile, nourrit un jeune corps et le rend fertile. 


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Manger
Manger pour survivre, manger pour ne pas être mangé, 
Manger pour connaître, pour garder, 
Digérer pour devenir l’ingéré.
Manger, c’est aimer.


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La jeune mange la vieille pour devenir vieille à son tour ;
La jeune mange la vieille pour ne pas être mangée par la vieille ;
Le Loup mange la jeune et la vieille pour ne pas faire de jalouses ;
Trop gros, le chasseur ne mange rien, il est au régime ;
C’est un gentil dîner de famille, où tout se mange et rien ne se jette, 

… mais alors, qui a mangé la galette ?

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Les textes en italiques sont extraits du Petit Chaperon rouge de Charles Perrault, des Frères Grimm et de versions orales citées sur le site de la BnF, Contes de Fées.

8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 00:00

 

 

Quand on parle du Loup, on en voit la queue.

 

 

Grand est le Loup.

Et Méchant avec ça, ahah.

 


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Pour sa rencontre avec le Loup, Le Petit Chaperon rouge apporte une galette bien ronde et un petit pot de beurre. Parfois une bouteille de vin.

Le Petit Chaperon rouge a dans son panier, des choses tendres, rondes et sucrées.

Le Loup, lui, ramène sa queue et ses dents.

 

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Promenons-nous dans les bois

Pendant que le loup n’y est pas

Si le loup y était

Il nous mangerait

Comme le loup n’y est pas

Il nous mangera pas

Loup y es-tu ? que fais-tu ? m’entends-tu ?

 

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- JE METS MA CULOTTE.

 

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L’appel du Loup,

c’est l’attraction de l’extérieur, la fascination de l’inconnu, l’audace du désir,

l’envie de vivre.

 

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Le Loup –OU ! ououou

 

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Loup y es-tu ? que fais-tu ? m’entends-tu ?

 

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- JE SORS MON LONG COUTEAU.

 

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Car tout est grand dans le Loup, évidemment. De dimension impressionnante.

Et le Petit Chaperon rouge est petit. Si petit.

Pour elle l’heure de grandir est venue.

 

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En passant dans un bois, elle rencontra compère le Loup, qui eut bien envie de la manger ; mais il n’osa, à cause de quelques bûcherons qui étaient dans la forêt.

 


rencontre du loup 

 

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Le Petit Chaperon rouge gambade sur la route. C’est à la croisée des chemins qu’elle rencontre le Loup. Il faut si tôt, choisir sa vie.

 

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Le Loup propose : « quel chemin prends-tu ? celui des aiguilles ou celui des épingles ? »

Les destinées offertes à une petite fille ne sont pas tellement diversifiées, finalement. Le chemin des étoiles n’est pas pour elle.

Et le Petit Chaperon rouge sait bien que si les épingles permettent de se parer, les aiguilles obligent à travailler.

Et le Loup sait bien tous les efforts qu’il faut déployer pour passer à travers le chas d’une aiguille.

Mais que cet avenir perforant pique. Alors, quelle joie d’aller marcher dans la douceur des fleurs !

 

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Marchez droit, jeunes filles, ou marchez de travers. De toutes façons, la vie vous transpercera. Tralala.

 

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Mais si le Loup a de grandes dents, le Chasseur, lui, a un fusil et un long couteau.

Qui est le plus sauvage ? Qui le plus dangereux pour les Chaperons rouges ?

Il faut si tôt, choisir ses nuits.


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Les textes en italiques sont extraits du Petit Chaperon rouge de Charles Perrault, des Frères Grimm et de versions orales citées sur le site de la BnF, Contes de Fées, ou de comptines.

 









18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 00:00

 

Bien sûr c'est un conte d'hiver, une histoire pour dormir longtemps, pour attendre le printemps. Une histoire de mauvais temps.


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La jeune fille est exposée, glacée dans sa beauté originelle, avant le passage vers l’amour, le passage vers la mort.

 

 - Blanche - du lait de la mère et du sperme du père

 - Rouge - de leur sang

 - Noire - de leur sexe

 

Blanche Neige en deuil de l'enfance.

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Sa virginité est présentée dans un cercueil. Pour elle, le temps est suspendu.

 

Le blanc, le noir et le rouge s’équilibrent, et plus rien ne bouge.



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Il faudra le choc de l’accident dans le transport du cercueil pour que le morceau de pomme empoisonné soit expulsé de sa gorge et qu’elle se réanime.

... tout ce qu'il faut recracher pour commencer à vivre.













122# Dans les plis du carnet : Blanche Neige (1)
124# Dans les plis du carnet : Blanche Neige (2)











11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 00:00




Les trois couleurs sont l’essence même de la perfection de Blanche-Neige. Et le miroir magique ne peut que le proclamer au monde.

 


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Sa belle-mère ne se méprend pas : elle sait qu’elle doit s’attaquer aux couleurs de cette beauté. Elle plante le peigne empoisonné dans l’ébène de la chevelure ; elle étouffe la blancheur de la peau entre les liens du corset ; elle porte au rouge des lèvres le rouge de la pomme envenimée.

 

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Une pomme blanche du côté sain et rouge du côté toxique dans la main noire de la méchante reine.

(encore une histoire de pomme, de catastrophe, et de femme).

 

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La belle mère de Blanche-Neige est une très belle femme torturée par les réponses du miroir magique.

 

Quand elle s’y regardait en disant :

Miroir, miroir joli,

Qui est la plus belle du pays ?

Le miroir répondait :

Madame la reine, vous êtes la plus belle au pays.

 

Et elle était contente.

 

Sa souffrance commence lorsque le miroir lui raconte que Blanche-Neige est mille fois plus belle.

 

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Le miroir est sensé ne dire que la vérité. Cependant, personne ne sait quels sont ses critères pour juger de la beauté des femmes, ni selon quelle échelle il peut affirmer que Blanche-Neige est mille fois et non pas cent fois ou trente fois plus belle que la reine.

Car cette pauvre femme deviendra folle de l’injustice qu’il y a à vieillir et à perdre l’éclat de sa beauté.

 

Blanche-Neige a alors dix-sept ans et le miroir préfère les jeunes. C’est facile.


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Le chasseur sur ordre de la reine entraîne Blanche-Neige dans la forêt pour la tuer.

 

Et parce qu’elle était belle, le chasseur eut pitié d’elle et dit :

- sauve toi, pauvre enfant !

 

Devant un homme et son poignard, il vaut mieux avoir dix-sept ans et être belle.

(je rigoleeeu)


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Blanche-Neige, blanche comme le froid du paradis, noire comme le gouffre de la mort, rouge comme les lanternes des maisons closes.

 

Blanche-Neige la très belle car la très vivante.

 

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122# Dans les plis du carnet : Blanche Neige (1)

 

 

 

 

3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 14:52

Cela se passait en plein hiver et les flocons de neige tombaient du ciel comme un duvet léger. Une reine était assise à sa fenêtre encadrée de bois d'ébène et cousait. Tout en tirant l'aiguille, elle regardait voler les blancs flocons. Elle se piqua au doigt et trois gouttes de sang tombèrent sur la neige. Ce rouge sur ce blanc faisait si bel effet qu'elle se dit : Si seulement j'avais un enfant aussi blanc que la neige, aussi rose que le sang, aussi noir que le bois de ma fenêtre ! Peu de temps après, une fille lui naquit ; elle était blanche comme neige, rose comme sang et ses cheveux étaient noirs comme de l'ébène. On l'appela Blanche-Neige. Mais la reine mourut en lui donnant le jour.

Extrait de Blanche-Neige, les frères Grimm.

 


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C’est une toile que peint la reine, tendue sur le châssis de sa fenêtre : trois traces rouges dont elle tâche la feuille vierge et que le cadre noir expose.

 

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L’aiguille est essentielle qui transperce la mère et engendre l’enfant.

(toujours se méfier des aiguilles)

 

Car la fenêtre de la reine bordée de noir d’ébène sur la blancheur de la peau nue, s’ouvrit un jour d’hiver pour que Blanche Neige vint au monde deux saisons plus tard.

 

Si les fenêtres noires étaient toujours fermées, jamais le rouge ne pourrait rencontrer la pureté du blanc.

 

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Noir solide, rouge liquide et blanc duvet impalpable.

 

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C’est parce qu’elle rêvassait la fenêtre ouverte, que la reine se fit faire un enfant, dans son ventre vierge comme neige puisque le sang coula.

(toujours se méfier … etc)

 

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Le jour du sang de la naissance, Blanche-Neige voit la lumière quand sa mère entre dans les ténèbres.

 

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Blanche comme l’absolu,

la pureté, la lumière, le silence

l’absence.

Blanche comme les ailes des anges.

 

Noire comme le deuil,

la nuit, l’angoisse, l’enfer,

le mal.

Noire comme l’obscurité des origines.

 

Rouge comme le sang

le feu, la passion, le désir,

l’interdit.

Rouge comme la matrice de la vie.

 

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J’ai retrouvé la poupée mannequin que j’avais achetée avec l’argent des timbres et des cartes postales que j’étais sensée envoyer de colonie à mes parents. C’était une poupée de peu de valeur, mais comme j’étais heureuse de l’emporter ! Elle a perdu quelques touffes de ses cheveux sombres coupés courts ; son corps blanc élancé a de jolies fossettes au creux des reins ; ses lèvres que j’ai tant repeintes avec mes feutres d’enfant débordent d’un rouge indélébile.

Elle porte les couleurs de Blanche-Neige.

 


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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 13:14



 

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La peau de l’âne.

 

Cet âne n’était pas n’importe qui ; il était couvert d’honneurs au royaume du Père de l’Infante, car il ne faisait pas de crottes sur sa litière, mais des louis et des écus d’or.

 

La fée marraine n’imaginait pas qu’un roi renonçât à sa fortune ;

Cette Fée était bien savante,

Et cependant elle ignorait encor

Que l'amour violent pourvu qu'on le contente,

Compte pour rien l'argent et l'or ;

La peau fut galamment aussitôt accordée

Que l'Infante l'eut demandée.

 



La possession de la jeune vierge a plus de valeur que tout l’or du monde et que la protection d’un royaume entier.

 

Ainsi l’âne est sacrifié à un amour impossible, il perd sa vie pour sauver une Princesse de l’inceste. Il gagne à être le premier à embrasser, à tenir en lui serrée, l’Infante blonde à la peau tendre.

 

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Peau d’âne, peau d’ans, peau d’éléphant, vieille peau du temps.

 



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La robe sur la peau

La peau sur la peau.

L’oripeau.

 


La peau de Peau d’Ane, sous la crasse qui la maquille, est jeune, blanche et vermeille. Sur sa peau se sont posés le Temps, la Lune et le Soleil. La caresse de la soie et la rudesse du poil de l’âne. Toute enveloppée de douceur scintillante, sous le cuir d’une bête, elle attend le moment de sa splendeur.

 

 


Peau d'âme,

Mue transparente et fragile d'une enfant devenant femme,

Trace diaphane des illusions perdues.

 

Quand elle sort de sa chrysalide de peau d’âne, elle est éclatante et dure comme le diamant.

 

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Le temps passe loin du père incestueux et quand le prince viendra, celui à qui la fleur est promise, c’est avec le feu de la Robe couleur de Soleil qu’elle l’éblouira, qu’elle le brûlera. La lumière de l’été.

 



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Que de l'eau claire et du pain bis

Suffisent pour la nourriture

De toute jeune créature.

Pourvu qu'elle ait de beaux habits ;

(…)

 



Car ce qui protège toutes les filles, du malheur, du temps, et des garçons, ce sont les robes qu’elles enfilent.

 

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Les citations (en italique) sont extraites de Peau d’Ane, Charles Perrault.

Les dessins sont des impressions de peau de poupée mannequin (cf article 10#).

 

 

 

 

 

 

 

46# Dans les plis du carnet : Peau d'Ane (1)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 11:48



Peau d’Ane aimait les robes et les fourrures. De son Père veuf qui voulait l’épouser, sur les conseils de sa marraine fée, elle exigea une Robe couleur du Temps, une Robe couleur de Lune, une Robe couleur de Soleil et la peau d’un âne. Il ne comprit pas.

 

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Pour sauver sa vie, ses amours et sa peau, Peau d’Ane exigea d’abord une Robe couleur du Temps. Elle réclama du temps pour choisir, du temps pour attendre, du temps pour grandir.

 



C’est la première robe que l’Infante demande. La première chose dont elle a besoin, avant la féminité de la Lune, avant l’éclat du Soleil.

 

Elle n’obtiendra que le temps de s’enfuir.

Car Peau d’Ane ne veut pas être clouée par l’aiguille du Temps au lit de son Père.

 



Et seule dans sa peau d’âne, exilée de son monde princier, au milieu des volailles et des moqueries des garçons de ferme, elle s’enferme dans sa chambrette, lave son visage et enfile la Robe couleur de Temps. Car il est encore temps de rêver qu’un prince viendra, avant qu’il ne soit plus temps.

 

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Charles Perrault voit en la Robe couleur du Temps, la couleur du Ciel. Dans le conte, la robe est bleue comme l’azur le plus pur. Mais Peau d’Ane pleure sous l'orage, elle erre dans la nuit noire, et tous les nuages de l’angoisse lui ferment l’horizon.

 


La Robe couleur du Temps est de soie grise, effilochée de rais de pluie, froissée de tulle noir comme une robe de deuil.


 



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La Robe couleur du Temps est jaunie, salie, déchirée, reprisée. Elle est tâchée du premier sang de femme versé. Elle a tant dansé, tant brillé ; elle a été désirée, aimée, enviée et puis oubliée. Elle a longtemps attendu au fond d’un grenier.

 



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Peau d’Ane, peau d’Anne, qui cache les os d’Anne, les eaux troubles ou claires, Claire Anne, Anne Noire, qu’est-ce qui est beau ou laid du dedans ou du dehors, qu’est-ce qui est sombre ou clair ?

 

Pour vous rendre méconnaissable,

La dépouille de l'âne est un masque admirable.

Cachez-vous bien dans cette peau,

On ne croira jamais, tant elle est effroyable,

Qu'elle renferme rien de beau.

 

Ma peau.



 

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Les citations (en italique) sont extraites de Peau d’Ane, Charles Perrault.

Le visage de la femme sur la robe de Peau d'Ane est tiré d'une photo de S. Salgado.

Les dessins sont des impressions de peau de poupée mannequin (cf article 10#).

5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 11:09

« La sorcière et la petite fille » (…) c’est une histoire de fille, nourrie de mes souvenirs de « Peter Pan » et d’ »Alice in Wonderland ». C’est la vie d’une sorcière qui fait songer à « Boucle d’Or et les 3 ours », à « Blanche Neige », aussi. C’est une de ces femmes qui choisit de ne pas se marier, de ne pas avoir beaucoup d’enfants, de ne pas accomplir ce destin domestique que les contes promettent aux femmes. Elle choisit de rester du côté de la forêt.

Joann Sfar

Caravan


Toujours dans la forêt s’enfoncent les princes et les princesses - et les petits chaperons rouges quand ils désobéissent.

 

C’est en elle qu’ont lieu les rencontres.

 



Dans cette forêt qu’on imagine inhabitée, se balade en fait un monde incroyable : Blanche-Neige se cache chez les sept nains, la Belle au bois dormant dort, le chaperon rouge se promène, la Bête attend la Belle, le petit Poucet cherche son chemin, Hansel et Gretel grignotent la maison en pain d’épice, Peau d’Ane ne fait que passer, ... Il n’y a guère que Cendrillon qui n’y ait pas mis les pieds.







Dans la forêt profonde, on se cache, on se perd, on y pleure, on s’y endort.

 

On attend.

 






Il ne faut pas mésestimer la puissance de la forêt. Parfois elle tue, déchirant de ses épines, étouffant de ses buissons touffus, les prétendants de la Belle au bois dormant. Car trop tôt ils se présentèrent.
 Un jour pourtant, elle s'ouvre tout simplement devant l'élu.

 

La forêt, c’est le danger de l’inconnu, le noir de la nuit, l’intérieur de soi, la profondeur des origines, la transition vers la lumière. Traverser la forêt, c’est grandir. Dans la forêt initiatique, on peut trouver le loup comme on peut trouver le prince charmant. Faut pas se tromper d’énergumène sinon ça finit mal.

 






De nos jours, l’orée de la forêt n’est plus aux portes des maisons. L’horizon est barré d’immeubles. On ne parcourt plus de sentiers, on marche sur des trottoirs. Mais il y a toujours des loups aux détours des chemins.

 




Dans la forêt lointaine

On entend le hibou

Du haut de son grand chêne

Il répond au coucou

Coucou hibou

Coucou hibou


18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 16:48

 

1) rien

La plupart du temps, elles ne disent pas ce qu'elles en pensent, soit qu'elles aient été trop bien élevées, soit qu'elles n'en pensent rien, finalement.




 

2) qu'il est bien mignon quoiqu'un peu pressé

Blanche-Neige, à peine ressuscitée, n'a pas le temps de souffler qu'un prince qu'elle n'a jamais vu lui tombe dessus :

La secousse fit glisser hors de la gorge de Blanche-Neige le morceau de pomme empoisonnée qu'elle avait mangé. Bientôt après, elle ouvrit les yeux, souleva le couvercle du cercueil et se leva (...).

- Seigneur, où suis-je ? demanda-t-elle.

- Auprès de moi, répondit le prince, plein d'allégresse.

Il lui raconta ce qui s'était passé, ajoutant :

- Je t'aime plus que tout au monde ; viens avec moi, tu deviendras ma femme.




 

3) qu'il pourrait leur offrir une robe, quand même

Ainsi Peau d'âne, qui en avait déjà trois (de robes), en observant son prince :

"Qu'il a l'air grand, quoiqu'il l'ait négligé,

Qu'il est aimable, disait-elle,

Et que bienheureuse est la belle

A qui son coeur est engagé!

D'une robe de rien s'il m'avait honorée,

Je m'en trouverais plus parée

Que de toutes celles que j'ai."




 

4) qu'il est assez collant comme mec

Cendrillon ne peut s'en dépêtrer.

Le fils du roi vint à sa rencontre, la prit par la main et dansa avec elle. Il ne voulut danser avec personne d'autre, de sorte qu'il ne lâchait pas sa main. Quand quelqu'un voulait l'inviter, il disait :

- C'est ma cavalière.

 




5) qu'il profite de la situation

C'est trop facile d'embrasser les filles qui ont le sommeil si lourd qu'elles dorment cent ans d'affilée.

Enfin, il arriva à la tour et poussa la porte de la petite chambre où dormait la Belle.

Elle était là, si jolie qu'il ne put en détourner le regard. Il se pencha sur elle et lui donna un baiser.

 




6) qu'il arrive toujours en retard

Alors comme la fin de l'enchantement était venue, la princesse s'éveilla ; et le regardant avec des yeux plus tendres qu'une première vue ne semblait le permettre : « Est-ce vous, mon prince ? lui dit-elle, vous vous êtes bien fait attendre ».



 


7) qu’il raconte des histoires.

Et Cendrillon, la jeunette, à l’écouter ne voit pas le temps passer :

Le fils du roi fut toujours auprès d’elle, et ne cessa de lui conter des douceurs. La jeune demoiselle ne s’ennuyait point et oublia ce que sa marraine lui avait recommandé ; de sorte qu’elle entendit sonner le premier coup de minuit, lorsqu’elle ne croyait point qu’il fût encore onze heures ; elle se leva, et s’enfuit aussi légèrement qu’aurait fait une biche.

 

 

8) voire qu'il bafouille un peu

Mais la Belle au Bois dormant lui pardonne.

(...) il l'assura qu'il l'aimait plus que lui-même. Ses discours furent mal rangés, ils en plurent davantage : peu d'éloquence, beaucoup d'amour. Il était plus embarrassé qu'elle (...)

 



 

Il faut reconnaître que les contes donnent aux princesses des rôles plutôt passifs, et qu'elles attendent tranquilles, voire carrément endormies, que le prince charmant se démène pour arriver. Elles ont le temps d'en penser des choses : (...) elle avait eu le temps de songer à ce qu'elle aurait à lui dire, car il y a apparence (l'histoire n'en dit pourtant rien) que la bonne fée, pendant un si long sommeil, lui avait procuré le plaisir des songes agréables.

 

Les filles, ça pense trop.

 

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Les citations sont extraites de :

Peau d'âne - Charles Perrault

La Belle au Bois dormant - Les frères Grimm

La Belle au Bois dormant - Charles Perrault

Blanche Neige - Les frères Grimm

Cendrillon - Les frères Grimm

Cendrillon - Charles Perrault

11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 11:29

- à courir l’aventure :

Le PC de Peau d’âne :

Un jour le jeune prince errant à l'aventure

De basse-cour en basse-cour,

Passa dans une allée obscure

Où de Peau d'Ane était l'humble séjour.

 

Celui de la Belle au bois dormant :

Le vieil homme avait aussi appris de son grand-père que de nombreux princes étaient déjà venus qui avaient tenté de forcer la hale d'épines ; mais ils y étaient restés accrochés et y étaient morts d'une triste mort. Le jeune homme dit alors :

- Je n'ai peur de rien, je vais y aller. Je veux voir la Belle au Bois Dormant.

Le bon vieillard voulut l'en empêcher, mais il eut beau faire, le prince ne l'écouta pas.



- parce qu’ils sont les meilleurs et les plus forts :

Encore celui de la Belle au Bois dormant :

''Mon prince, il y a plus de cinquante ans que j'ai entendu dire de mon père qu'il y avait dans ce château une princesse, la plus belle du monde; qu'elle devait y dormir cent ans, et qu'elle serait réveillée par le fils d'un roi, à qui elle était réservée.'' Le jeune prince à ce discours se sentit tout de feu; il crut sans hésiter qu'il mettrait fin à une si belle aventure; et poussé par l'amour et par la gloire, il résolut de voir sur-le-champ ce qu'il en était.

 


- à profiter de la chance quand elle passe :

Le PC de la Belle au Bois dormant :

Or, les cent années étaient justement écoulées et le jour était venu où la Belle au Bois Dormant devait se réveiller. Lorsque le fils du roi s'approcha de la haie d'épines, il vit de magnifiques fleurs qui s'écartaient d'elles-mêmes sur son passage et lui laissaient le chemin. Derrière lui, elles reformaient une haie.

 

- et à faire des affaires :

Le PC de Blanche-Neige :

Il arriva qu'un jour un prince qui chevauchait par la forêt s'arrêta à la maison des nains pour y passer la nuit. Il vit le cercueil au sommet de la montagne, et la jolie Blanche-Neige. Il dit aux nains :

- Laissez-moi le cercueil ; je vous en donnerai ce que vous voudrez.

Mais les nains répondirent :

- Nous ne vous le donnerons pas pour tout l'or du monde.

Il dit :

- Alors donnez-le-moi pour rien (…)


 

- à s’empiffrer de gâteau comme des gamins :

Celui de Peau d’âne :

Il gémit, il pleure, il soupire,

Il ne dit rien, si ce n'est qu'il désire

Que Peau d'Ane lui fasse un gâteau de sa main;

(…)

On ne pétrit jamais un si friand morceau,

Et le prince trouva la galette si bonne

Qu'il ne s'en fallut rien que d'une faim gloutonne

Il n'avalât aussi l'anneau.

 

- et à se déguiser en n’importe quoi pour faire peur :

Le PC de la Belle et la Bête :

Quelle ne fut pas sa surprise ? La Bête avait disparu, et elle ne vit plus à ses pieds qu'un prince plus beau que l'Amour, qui la remerciait d'avoir rompu son enchantement.


Le Roi Grenouille :

Elle fit ce que font toutes les dames en difficulté : elle ferma les yeux, pensa à autre chose et effleura de ses lèvres la peau froide et mouillée de la grenouille. Aussitôt, un beau jeune homme se dressa, à la place de la vilaine grenouille.



- à ouvrir les portes pourtant fermées :

Le PC de Peau d’âne :

Par hasard il mit l'oeil au trou de la serrure:

Comme il était fête ce jour,

Elle avait pris une riche parure

Et ses superbes vêtements

Qui, tissus de fin or et de gros diamants,

Egalaient du soleil la clarté la plus pure.

Le prince au gré de son désir

La contemple et ne peut qu'à peine,

En la voyant, reprendre haleine,

Tant il est comblé de plaisir.

(…)

Trois fois, dans la chaleur du feu qui le transporte,

Il voulut enfoncer la porte (…)

 

Celui de la Belle au Bois dormant :

Le prince poursuivit son chemin et le silence était si profond qu'il entendait son propre souffle. Enfin, il arriva à la tour et poussa la porte de la petite chambre où dormait la Belle.

 


- puis à remplir l'ouverture étroite des portes ouvertes :

Le PC de Peau d’âne :

Quand il en vit l'émeraude admirable,

Et du jonc d'or le cercle étroit

Qui marquait la forme du doigt,

Son coeur en fut touché d'une joie incroyable;

Sous son chevet il le mit à l'instant,

Et son mal toujours augmentant,

Les médecins sages d'expérience,

En le voyant maigrir de jour en jour,

Jugèrent tous, par leur grande science,

Qu'il était malade d'amour.

 

Comme l'hymen, quelque mal qu'on ne dise,

Est un remède exquis pour cette maladie,

On conclut à le marier;

Il s'en fit quelque temps prier,

Puis dit: ''Je le veux bien, pourvu que l'on me donne

En mariage la personne

Pour qui cet anneau sera bon.''

 

Celui de Cendrillon :

Elles lui dirent (…) qu'elle s'était enfuie lorsque minuit avait sonné, et si promptement qu'elle avait laissé tomber une de ses petites pantoufles de verre, la plus jolie du monde; que le fils du roi l'avait ramassée, et qu'il n'avait fait que la regarder pendant tout le reste du bal, et qu'assurément il était fort amoureux de la belle dame à qui appartenait la petite pantoufle. Elles dirent vrai, car peu de jours après, le fils du roi fit publier à son de trompe qu'il épouserait celle dont le pied serait bien juste à la pantoufle.

 

"Rocoucou, Roucou-cou et voyez là,

Dans la pantoufle, du sang plus ne verra

Point trop petit était le soulier,

Chez lui, il mène la vraie fiancée."

 

 

Le portrait-robot du Prince charmant que tracent les contes, est intéressant. On voit que les PC pensent à la même chose que tous les hommes. C’est rassurant sur la dimension pédagogique des contes de fées. Les filles en grandissant ne seront pas surprises.

 

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Les citations sont extraites de :

Peau d’âne - Charles Perrault

La Belle au Bois dormant - Les frères Grimm

La Belle au Bois dormant - Charles Perrault

Blanche Neige - Les frères Grimm

Cendrillon - Charles Perrault

Cendrillon - Les frères Grimm

La Belle et la Bête – Jeanne-Marie Leprince de Beaumont

Le Roi grenouille - Les frères Grimm
 

 

16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 10:23

Ce que perd la petite sirène, c’est d’abord sa queue de poisson : c’est-à-dire sa nature même.

 



Ainsi parle la grand-mère de la petite sirène : « Ce que nous considérons dans la mer comme un si bel ornement, notre queue de poisson, on la trouve hideuse sur la terre. Les hommes n’y entendent rien ; pour leur plaire, il faut avoir deux supports qu’ils appellent des jambes. »

 

Ainsi parle la sorcière de la mer : « Je sais fort bien ce que tu désires, et je le trouve insensé. Je te l’accorderai néanmoins parce que cela te portera malheur, ma jolie princesse. Tu veux avoir au lieu d’une queue, deux supports comme les hommes, afin que le jeune prince s’éprenne de toi (…) »

 

Dans la transformation de la queue de poisson en jambes de femme, ce qui était unique devient double ; ce qui était clos va s’ouvrir ; ce qui était d’argent sera chair ; ce qui était imperméable se rend vulnérable.

Une épée la pénètre et la coupe en deux et dans une grande violence, ce qui était enfant devient femme.

 

« - (…) Je vais composer pour toi un breuvage que tu emporteras à terre avant l’aube ; tu t’assoiras sur le rivage et tu le boiras. Alors ta queue rétrécira et deviendra ce que les hommes appellent deux jolies jambes ; cela te fera autant de mal que si l’on te coupait en deux avec une épée. De cet instant, tous ceux qui te verront déclareront que tu es la plus ravissante créature qu’on ait jamais vue. Tu garderas ta démarche ondulante dont une danseuse même envierait la légèreté, mais chaque pas te fera souffrir comme si tu marchais sur des couteaux. Si tu acceptes toutes ces épreuves, je t’aiderai.

- J’accepte, dit la petite sirène d’une voix tremblante, en pensant au prince et à l’âme immortelle.

- Souviens-toi, dit encore la sorcière, que, du moment où tu auras revêtu la forme humaine, tu ne pourras plus, jamais plus, redevenir sirène. Jamais plus tu ne pourras redescendre dans l’eau parmi tes sœurs, ni revoir le château de ton père. Et si tu ne gagnes pas l’amour du prince au point qu’il oublie pour toi son père et sa mère, qu’il s’attache à toi de toute son âme et qu’il laisse le prêtre joindre vos mains pour vous unir comme époux et épouse, alors tu ne possèderas jamais une âme immortelle. Et s’il en épouse une autre, au premier matin qui suivra, tu te briseras et seras changée en écume sur la mer.

- J’y consens, dit la petite sirène, en devenant pâle comme une morte. »

 

 



Mais la petite sirène perd aussi sa voix, qu’elle doit donner à la sorcière.

 

« - Il faudra alors me payer, dit la sorcière, et ce que je te demande va te coûter cher. Tu as la plus belle voix qu’on ait jamais entendue au fond de la mer ; avec elle tu ensorcellerais facilement ton prince. Eh bien ! tu me la donneras (…)

- Mais, si tu prends ma voix, dit la petite sirène, que garderais-je ?

- Ton corps magnifique, dit la sorcière, ta démarche onduleuse et tes yeux expressifs ; c’est assez pour captiver le cœur d’un homme. »

 

Pour que d’autres lèvres puissent s'ouvrir, celles-ci se ferment à jamais. Et c’est au pouvoir ancestral des sirènes sur les hommes, à leur puissance légendaire de séduction mortelle, qu’elle renonce. Celle qui aime abandonne son empire.

 

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La petite sirène, née pour être reine, est devenue une mendiante nue.

 

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« Et il baisa ses lèvres roses, joua avec ses longs cheveux, se reposa sur son cœur, pendant qu’elle rêvait de bonheur et d’âme immortelle .»



 

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La petite sirène aime de tout son coeur, souffre de tout son corps, pour gagner une âme.

Le prince, lui, sans rien faire, en a déjà une.


 

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Et c’est une autre que son prince épousera : une splendide princesse, pas une pauvre fille muette.

 

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Bien sûr cette idée de l’amour, cette image des hommes, c’est dramatique. Mais il me reste surtout d’Andersen une infinie poésie, liquide et cristalline. Gamine, je ne me suis jamais sentie concernée par cette morale misogyne, et malgré les épreuves et les désillusions de la petite sirène, comme elle j’aurais simplement aimé voler avec les filles de l’air.

 

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extraits de Contes, Andersen, Librairie Gründ.

 

15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 12:52

J’ai lu tous les contes de fées avant que Walt Disney n’en fasse de la guimauve pastel à l’eau de rose. Question de génération. Quelque années de moins et j’aurais vu la vie autrement. Car les contes ne sont pas tous tendres, et, petite, je trouvais qu’on aurait pu quand même m’épargner certains épilogues, eu égard à mon statut d’enfant.

 

La petite sirène d’Andersen, la plus jeune fille du roi des mers,  n’avait que 15 ans lorsqu’elle a donné son corps, sa voix, sa vie pour pouvoir aimer son prince. Dans la souffrance et la solitude, elle est morte d’amour pour un homme qui n’a rien compris, (il faut bien le dire), (pour les réclamations, voyez avec Andersen). Sa passion perdue la condamne aux yeux de tous, de la société et de Dieu, à n’être plus qu’un souffle errant.



 

 « Tout le monde l’applaudissait et, à la vérité, jamais elle n’avait dansé si merveilleusement ; il lui semblait que ses petits pieds étaient déchirés par des lames, mais la souffrance de son âme était si grande qu’elle était insensible à l’autre. Elle savait bien qu’elle voyait pour la dernière fois celui pour qui elle avait laissé sa famille et sa maison, donné sa voix et souffert chaque jour sans qu’il s’en fût jamais douté. C’était la dernière nuit qu’elle respirait le même air que lui, qu’elle contemplait la mer et le ciel parsemé d’étoiles. Une nuit éternelle sans rêve, sans pensée, l’attendait, elle qui n’avait pas d’âme (…) »

 

Le conte de la petite sirène est un désenchantement du monde.

 

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Une histoire banale d’incommunication et d’inégalité des sexes, traitée à la manière morale, tragique et mortifère du XIXè siècle : les filles, méfiez-vous des garçons.



 

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Barbie, parce qu’elle est à la fois une princesse et une fille de rien, a un habit de petite sirène : une queue de poisson et un soutien-gorge en forme de coquillage.

J’ai imprimé Barbie dans le rôle de la petite sirène.

Entre la fluidité de la queue de poisson et la rigidité des jambes tendues aux pointes tirées prêtes à enfiler des talons aiguille, il y a un peu de cette tension terrible qui a déchiqueté la petite sirène.

 

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