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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 00:00

 

 

 

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Au dernier repas, le jeune chauffeur qui nous a conduit pendant tout le voyage, se lève pour porter un toast. Il a toujours aux lèvres un sourire d’enfant. Emu, fragile, il nous remercie de notre joie. Il nous envie de pouvoir rire, chanter, danser avec tant d’insouciance. Il nous envie notre belle liberté. Quelle est sa vie ?

 

 

 

 

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Sur la plage du Fleuve Jaune, j’ai rêvé de la mer, mais j’ai dessiné des ponts.

Maintenant, je leur ai donné le bal, dit Li.

Et la brume du soir efface la ville.

 

 

 

 

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Et c’est pourquoi ce détour est en même temps l’accès.

François Jullien

Le détour et l’accès, stratégie du sens en Chine, en Grèce

 

 

 

 

 

 

 

 

Jinan, Province du Shandong, août 2012, année du Dragon d’eau.

Voyage avec dix Carnettistes tribulants et Huang Li, organisatrice et traductrice.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 00:00

 

 

 

 

 

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Assise avec Frede sur le bord du petit canal, je dessine, je papote. Et puis soudain j’aperçois un de mes dessins partir au fil de l’eau. Frede et moi le regardons voguer, les bras ballants : il est trop loin pour être rattrapé. A ce moment précis, inattendu, un homme descend du ciel, porteur de deux longues perches de plusieurs mètres. Frede lui saute au bras et gesticule tant et si bien qu’il comprend l’intervention urgente dont nous avons besoin… car le dessin continue sa route aventureuse. Il récupère avec délicatesse le papier gorgé d’eau que je mettrai deux jours à faire sécher. Le dessin a acquis une patine que seul le risque peut créer ; il est devenu peau.

 

 

 

 

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 00:00

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je suis venue avec quinze kilos de bagage, je repars avec trente-deux kilos de matériel, comment ai-je fait ? Comment un cœur vide peut-il peser si lourd ?

 

 

 

 

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Dans le vieux centre de Jinan, courent les canaux d’eau froide. Au Bassin du Mandarin, les vieux se baignent en riant. Ils bombent le torse, rigolards sur les photos. Ils ont l’air heureux.

 

 

 

 

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- Vous avez remarqué que je ne parle plus d’aller se baigner ? dit Alma.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 15:00

 

 

 

 

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Le chantier de la nouvelle gare et de l’opéra de Jinan est dirigé par une femme. Sur des kilomètres carrés, un entrelacs de réseaux et une érection de buildings. Des centaines d’ouvriers travaillant dur dans un univers chaotique de métal et de boue. Un combat yang supervisé par un regard yin. Du haut du vingt-cinquième étage d’un immeuble en construction, j’ai le vertige et l’impression désolée que cette ville pourrait s’étendre à l’infini.

 

 

 

 

 

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Frede trouve sur la terre ferme du chantier un cercle rouillé, un élément de moteur qu’elle me donne. La matière orange poudre mes mains. Je le couds dans mon carnet et sa matérialité brute imprime sur la page qui lui fait face une auréole immatérielle au-dessus de la tête d’un Bouddha.

 

 

 

 

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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 00:00

 

 

 

 

 

 

 

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Jinan est une rivière, une femme couchée entre les bras des montagnes de l’Est – humide, tiède et douce – voilée, dévoilée, aimée du vent. Au ventre de Jinan, dans les entrailles bouillonnantes de la ville mêlées à la laitance du ciel : la gestation de la terre. Sous chacun de nos pas, coulent les vies du Shandong.

 

 

 

 

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 00:00

 

 

 

 

 

 

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Jinan, ville des sources vives sous le ciel gris, ville de pluie, ville d’amour du ciel à la terre dans la brume des eaux.

 

 

 

 

 

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Le Bouddha du Temple du rocher de l’âme est assis sur un énorme lotus grand ouvert en forme d’oursin pourpre. A son oreille murmure un personnage volant. Autour de lui, les moines sortis du cimetière des stèles, s’entretiennent en silence. Du haut de son hérisson géant, le Bouddha sourit distraitement.

 

 

 

 

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Quand on dessine dans la rue, dans les jardins, les passants s’arrêtent, s’approchent, s’agglutinent, vous regardent, vous entourent, vous prennent en photo, se penchent sur votre épaule, commentent votre travail, examinent votre matériel, finissent par vous masquer le sujet même. J’ai vu avec effarement des groupes entiers de touristes chinois se ruer vers moi les yeux brillants, appareils photo pointés en avant.

A un moment donné, exaspérée, j’aboie. Tout le monde se disperse rapidement.

 

 

 

 

 

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Un balayeur du temple, prudent, m’observe de loin. Sa réserve circonspecte me touche et je vais le chercher.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 00:00

 

 

 

 

 

 

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Je n’ai pas réussi à éclaircir le concept chinois du romantisme français. Quand les Chinois tentent une explication, l’idée reste nébuleuse, rêvent-ils de sexe ou d’eau de rose, est-ce par pudeur ou par ignorance, est-ce qu’aucun mot ne saurait dévoiler un fantasme, car il passe alors dans leurs yeux comme une lueur de béatitude, un mystère indéfinissable.

Rouge de Chine, profond comme du sang séché.

 

 

 

 

 

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Le directeur au-dessus du directeur qu’est Dabao, est un homme charmant, accueillant, souriant. Il nous offre un grand repas clôturé par de gros gâteaux à la crème décorés de cerises confites et de chocolat comme on n’en voit jamais dans les agapes chinoises. Son épouse est photographe professionnelle, chargée de suivre notre voyage. On l’appelle Tu Tu. Elle est forte et drôle, riante et chantante, généreuse et curieuse, libre. Elle a traversé seule le Tibet plusieurs fois. Elle se conduit comme elle l’entend. Elle me dit souvent que je suis belle. Elle nous offre à chacun juste avant notre départ un gros livre des photos de notre séjour, qu’elle a fait imprimer dans la nuit, habillé d’un tissu chinois qu’elle est allée choisir elle-même au marché et que sa vieille mère a ourlé pour nous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 00:00

 

 

 

 

 

 

 

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Le marché aux puces de Jinan foisonne de vrais faux objets récents anciens, et c’est un plaisir de se balader dans la foule en regardant tous ces petits étals attirants. Je vois un joli couple de bronze à un prix faramineux. Je trouve des pendentifs, des perles, des pierres. Une petite femme de jade, assise les bras entourant ses genoux d’un geste tendre, souriante, rêveuse, la tête penchée, les cheveux relevés en chignon, nue et les petits seins pointus qui ne ressemblent à rien si ce n’est aux miens – me touche. Le vendeur demande cinq cents yuans, je propose cent, il s’étrangle. Je le laisse se rétablir et continue mon petit tour. Quand je repasse, il me rappelle, on rit, on discute, il veut cent cinquante, je ne la prendrai qu’à cent quarante, il se laisse faire. Autour de nous, j’amuse la galerie, les vendeurs voisins sont hilares.

On entre dans la brume de Jinan comme dans un hammam, comme dans un bain brûlant. Lentement. Elle vous prend dans ses bras d’amoureuse ; elle est chaude sur la peau nue. Et le corps s’abandonne dans cette moiteur douce.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 00:00

 

 

 

 

 

 

 

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A l’institut de massage, dont l’entrée ressemble à une galerie des glaces version chinoise, un écriteau interdit la consommation de substances illicites et la prostitution. On nous introduit dans un salon privé où une sirène en porte jarretelles de trois mètres de haut nous offre son corps de plastique peint. Je choisis le fauteuil qui lui fait face. Mon masseur a des mains de pianiste. Devant ma réticence à glisser mes pieds dans un seau d’eau bouillante, il me saisit les chevilles, plonge mes pieds dans ce bouillon de feu et les maintient fermement d’un air impassible, ses yeux dans mes yeux. Il n’exprime aucune émotion, qu’il me caresse ou me torture, le regard distant, très légèrement étonné. Je ne doute pas que les ventouses sur la plante des pieds nettoient le corps en profondeur, à la douleur de cette succion qui va chercher jusqu’au ventre les mauvais souvenirs à brûler. Je me tords sous leurs griffes encore accrochées à mes viscères. Le verre des ventouses vire au noir.

Mon masseur sourit à peine. Je repars en marchant sur le coton des nuages.

 

 

 

 

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Ce qui est passé est passé, dit Alma. Ce qui est passé n’est plus à vivre.

Voilà au moins une chose de faite, pensé-je.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 00:00

 

 

 

On passe presque une semaine dans une immense salle aveugle du musée, glauque comme un aquarium, accueillante comme un hall de gare, à réaliser une toile de deux mètres cinquante sur cinq, à peindre des mètres de toile et des kilomètres de papier. On s’enfuit en douce dans le petit marché du coin. J’y trouve sous des piles de vaisselle, des coupelles en fer blanc émaillé qui m’enchantent.

 

 

 

 

 

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Bizarrement les moustiques ne me touchent pas, sauf une nuit, une seule. Que veulent me dire ces tiques de l’enfer ? J’entrevois un mauvais augure ; je me pelotonne dans la parenthèse que m’offrent les bras de la Chine. On verra bien à l’atterrissage.

 

 

 

 

 

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Dans tous les parcs de Jinan, la brise, inconsciente et cruelle, chante dans la chevelure des saules en pleurs.

 

 

 

 

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 00:00

 

 

 

 

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Je m’obstine à repriser. Je lie, je lis, je relis des mots non traduis, ceux qui ne sont pas dits, ceux qui ne sont pas nés. Ces mots tus que je relie sur le papier en points insensés de pensées. Cheng vient chercher du fil noir et une aiguille pour recoudre son pantalon effiloché.

 Est-ce qu’on pourrait retourner se baigner ? dit Alma.

 

 

 

 

 

 

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Sur les rives du lac, les branches se penchent. Les lotus creusent de silence la pure blancheur de leur racine : neuf trous pour des hochets d’enfants Bouddha. Les dragons des barques se balancent sur l’eau clapotante. La Chine m’apprend patiemment le raffinement du céladon, reflets mêlés de ciel et d’eau croupie entre les fissures du temps. 

 

Mes amis, heureusement que vous êtes là, autour de moi.

 

 

 

 

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Un soir, nous avons le temps de nous doucher avant le repas, et de bonheur nous enfilons nos beaux vêtements neufs. A notre entrée dans la salle, les jeunes Chinois se lèvent, bouche bée.

Sur la peau douce, la caresse de l’eau des sources.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 00:00

 

 

 

 

 

 

A Jinan, les amoureux s’embrassent et les filles qui s’aiment se tiennent par la main.

 

 

 

 

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Le programme est inconnu. On nous l’annonce au mieux la veille, souvent quelques heures avant. Dans l’impossibilité de rentrer à l’hôtel pour se laver, on arrive aux repas de cérémonie sales et les mains tAchées de peinture, c’est un style. Le programme est minuté. On doit savoir réagir, gérer cinq kilos de matériel chacun, prévoir, prédire, s’adapter, et être à la minute près présents au rendez-vous. Un matin où nous descendons quatre minutes trop tard, Jilou a fait un esclandre et est repartie avec toutes les voitures vides.

Hélas, elle revient nous chercher.

 

 

 

 

 

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A travers le gris de la distance, au gré des connexions capricieuses d’Internet, je guette votre réponse, j’attends votre parole. J’aimerais tant qu’elle tremble.

 

 

 

 

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31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 00:00

 

 

 

 

 

 

 

Au repas, on porte des toasts. A l’alcool de riz, au vin, à la bière. Au thé en ce qui me concerne. L’hôte prononce le premier discours en l’honneur de ses invités. De réponses en nouveaux toasts, l’exigence de finir son verre cul sec fait assez vite dériver les choses. Ce qui pourrait être une manière sensible d’exprimer un message, de rendre hommage ou de remercier, de partager le temps en poésie avant de mourir, devient un rituel d’affrontement pour déterminer une supériorité (alcoolique).

 

 

 

 

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J’oublie, je t’oublie dans la brume, je t’efface.

Je perds ma peine, je perds la mémoire de l’absence, je te perds.

Je marche dans l’ouate de l’oubli, l’âme en fumée d’encens.

Tu t’en vas et je reste vide de brume emplie.

Alma dit : ça n’a pas de goût, ça ne peut pas être mauvais.

 

 

 

 

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La Grotte des mille Bouddha s’enfonce dans la montagne, sombre et flottante. L’air est nébuleux, la lumière rare. On avance sur un chemin irréel, vers un passage incertain. Le Bouddha se tait, et l’eau goutte doucement de la roche. Je ne savais pas que la brume naissait au ventre de la montagne.

 

 

 

 

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Dans cette brume amante, je dors seule toutes les nuits. Le corps éteint.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 00:00

 

 

 

 

 

 

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Toujours au-dessus du chef, il y a un autre chef. Le chef suprême demeure anonyme. La hiérarchie permet de faire redescendre tous les échelons inférieurs successifs, à l’engueulade que s’est prise l’un des maillons.

- Vous ne voulez pas aller à la piscine ? dit Alma.

 

 

 

 

 

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Dabao a choisi le Temple de Confucius pour nous dévoiler ses ambitions. Il veut montrer le travail des Tribulants dans une grande exposition d’art contemporain prévue à Jinan en 2013. Il veut promouvoir le carnet de voyage comme approche contemporaine du dessin en Chine. Il veut attirer le peuple vers l’art. Il envisage même la Biennale de Venise. Vraiment la Chine n’a peur de rien. Il pleut doucement sur la cour du temple ; les tortues de pierre des bassins n’ont pas bougé.

 

 

 

 

 

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La brume se lève en volutes d’incertitude. Les buildings de trente étages redeviennent éphémères et les monuments staliniens s’éclipsent, fragiles. Six millions d’habitants traversent les nuées. Tout n’est que reflets du vide. Je me sens bien dans ce brouillard, comme dans un cocon. Sans plus d’horizon.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 00:00

 

 

 

 

 

La colère de Dabao éclate au pied de notre résistance. Jilou, sa femme, est la première à subir sa fureur. Elle se venge en incendiant injustement les jeunes employés et les élèves de son mari. Il n’y a pas de pitié.

 

 

 

 

 

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Gris des mémoires, gris de l’eau du temps, gris de l’oubli.

Courageusement Li fait face de toute son intégrité. Elle croit en nous, elle nous soutient, elle nous défend et sans sa protection, nous serions bouffés tout crus.

 

 

 

 

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Nous dînons dans des restaurants prestigieux et de grands hôtels. Je mène, en jean sale et en tunique tachée d'encre, une vie de luxe comme je n’en ai jamais connue. Les salons particuliers ont les dimensions d’un appartement parisien ; autour des immenses tables rondes décorées de lotus, de tissus, de rubans, les convives semblent si lointains que je mets mes lunettes.

Des mets raffinés nous sont servis. Les scorpions croustillent, mais je n’ai pas goûté aux cigales grillées, recroquevillées sur les feuilles de salade… Et les vers à soie ne me disaient vraiment rien.

 

 

 

 

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A Jinan, les eaux surgissent dans le grondement du tigre, par la bouche du sixième fils du Dragon-Roi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 00:00

 

 

 

 

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Les Chinois et les Français se parlent autour d’une table. L’éloignement des cultures, la singularité des chemins de pensée, la divergence des intentions, le sens perdu des traductions, l’envol des signes incompris, tout cela nous sépare et nous égare. Nous naviguons sur des courants contraires et quand nous nous rencontrons le choc des coques est rude. Nous finissons par nous comprendre à force d’abordages. Nous sommes tous épuisés et tendus. Perdue dans les méandres complexes de la pensée chinoise, ma naïveté simpliste occidentale ne comprend ni les mots échangés, ni les objectifs poursuivis, ni même ce qui se passe.

 

 

 

 

 

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Au cœur des temples, en haut des montagnes, des arbres en lambeaux d’écarlate lancent au vent les vœux des désespérés.

 - Est-ce qu’on pourrait aller se baigner dans les sources ? dit Alma.

Comment faire un carnet de voyage qu’on glisse habituellement dans la poche, sur un dépliant de dix mètres qui se disjoint et se déroule dans la poussière ? Comment apprivoiser un papier absorbant comme une éponge ? Je découvre qu’il fait de belles taches, ouvertes offertes comme des fleurs.

 

 

 

 

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 00:00

 

 

 

 

 

 

 

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 Dans l’entrée cosmique du musée de Jinan, on pourrait construire un autre musée de plusieurs étages. Une immense rotonde verte surplombe un escalier monumental de marbre blanc qui scintille sous la lumière. Evidemment tous les visiteurs prennent l’ascenseur. D’énormes colonnes au pied de marbre encadrent ce vide démesuré. Autour de cette vacuité gigantesque tournent des expositions satellites.

 

 

Gris de poussière, gris de ciel, poussière de ciel.

 

 

 

 

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Dabao est inquiet. Il nous fait confiance et nous suit partout ; il nous laisse libres et vérifie constamment la qualité de notre travail.

Il veut «le meilleur de nous-mêmes ».

Entre nos carnets intimes et les dépliants de dix mètres que nous devons réaliser pour lui, il voit toute la différence de la liberté et de l’espace imposé. Il veut s’approprier ce qui par nature, est insaisissable. Il exige, manipule, influence. Il martèle qu’il veut le meilleur, quitte à démanteler les carnets personnels. La tension grimpe et je soupire.

 

 

 

 

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A travers les vitres de l’hôtel, la tendresse du gris au petit matin. Chagrin.

 

 

 

 

 

 

 

 

26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 00:00

 

 

 

 

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 Des jeunes, étudiants en arts plastiques ou en français, nous accompagnent quotidiennement. Ils ont choisi chacun de s’attacher aux pas de l’un d’entre nous. Damien a bien sûr hérité de la plus sexy des étudiantes en français, mais toute sa bonne humeur n’arrive pas à détendre la jeune fille, angoissée de la responsabilité qu’elle porte de contenir la joyeuse exubérance de son Français turbulent. Mon étudiant à moi me suit où que j’aille et s’assoit où je m’assois. Nous dessinons les mêmes lieux. Il est taciturne, mais ses yeux brillent d’humour et de finesse. Je demande la permission de voir son carnet, j’aime son trait, son audace, ses couleurs, je lui dis mon plaisir sincère à regarder ses pages. Lui ne me fait guère de compliments.

 

 

 

 

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Je porte au cou une syllabe magique et sacrée, ornée de turquoises. Elle m’a été offerte par un homme impénétrable, pour me protéger. Je retrouve tout ce que je perds, je ne suis jamais malade, même les moustiques ne me piquent pas alors qu’ils dévorent les autres. Et pourtant, je ne sais pas où vont mes pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 00:00

 

 

 

 

 

 

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En Chine, il ne faut pas perdre la face. Toutes les gymnastiques sont bonnes, même les plus alambiquées, pour éviter les chutes de face. Et pourtant, derrière cette face maîtrisée, il y a un revers caché, un envers subtil, fragile, que rend mystérieux l’ombre qui l’absorbe. Je brode la profondeur de cette énigme, je festonne le non-dit à la face des hommes.

- J’ai besoin d’exercice, dit Alma. D’aller nager par exemple.

 

 

 

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Aux bords du Lac Daming, où les sources viennent mêler leur vie, le désir monte en brouillard d’eau d’entre les arbres. Le ciel est baigné de lait. Soudain, la lumière devient rose et des libellules dansent dans l’air en fleur.

 

 

 

 

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 00:00

 

 

 

 

La pensée chinoise sinueuse s’enroule autour de la pensée occidentale directe. Le détour et l’accès, l’envers et l’endroit. Un détour par l’envers pour un retour à l’endroit.

 

 

 

 

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Je pense aux détours des pensées dissemblables et je couds. Je couds le papier du fil de la pensée, pour qu’il traverse l’endroit et crée l’envers. Je laisse au fil des pages des traces d’une image déjà vue, un vague souvenir inversé, qui devient le reflet d’une autre présence, d’un autre rêve. Je couds la brume et le vol du dragon. Je couds pour tracer l’invisible au fond du miroir.

La Chine est grise, mouvante derrière ses voiles. D’un gris si doux.

 

 

 

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Je couds le sous-entendu, l’entendu du dessous du papier, le désir murmuré, l’envers de la pensée. Je révèle l’envers du tissu, je montre la face cachée, celle des nœuds et des emmêlements, car c’est de l’obscur qu’éclate la lumière. Je dévoile le yin au yang.

« Détours et retours - ce travail est un cheminement » écrit François Jullien.

 

 

 

 

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Je pique sur la même feuille de papier, la pensée occidentale au recto et la pensée chinoise au verso. Je passe alternativement d’un côté à l’autre du papier, de l’Ouest à l’Est, de l’endroit à l’envers du monde. Et dans ce parcours zigzagant, j’embrasse point après point les tours, les détours et les retours du réel ineffable. Je dentelle à la lueur d’une poésie lunaire.

 

 

 

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Li dit : Je ne sais pas si c’est de l’art ou des cochons.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 00:00

 

 

 

- Je me demande si l’hôtel a une piscine, dit Alma.

 

 

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Les Carnettistes tribulants sont invités à Jinan à titre officiel, dans le cadre d’une convention franco-chinoise négociée, signée et tamponnée. Dabao, peintre reconnu, directeur du département de la peinture occidentale au sein de l’Institut des Beaux Arts du Shandong, est notre hôte. Dès l’aéroport, nous sommes reçus comme des stars, filmés, photographiés, interviewés, entourés, dirigés, suivis, précédés… (Un soir enfin, on arrivera à les semer pour aller visiter les magasins du quartier).

 

 

 

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Li sourit et traduit, et alors qu’elle parle aisément le français, j’aime quand parfois elle emmêle les mots d’une expression française et par la même nous offre un vol de poésie et un vertige de sens qui m’emportent bien au-delà de la banalité du langage commun.

Jinan est verte de parcs où jaillissent les sources, parcourue de canaux, décorée de fleurs. En son sein se couche le Lac Daming.

 

  

 

 

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 Au Lac Daming, les grenouilles ne chantent jamais. La paix.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 00:00

 

De façon plus générale, par sa réserve à l’égard de la parole, par son attachement au non-dit, la tradition chinoise nous fait prendre conscience de ce que nous savons bien, mais que nous ne mesurons peut-être jamais assez : la confiance que nous accordons, depuis les Grecs, au pouvoir de dire et d’expliciter.

 

En sens inverse, (…) le propre de l’expression chinoise (…) est, à travers le détour, de maintenir la parole ondoyante et lâche, de garder « détendue » la prise : de manière à instaurer une distance allusive par rapport à l’objet visé.

 

 (…) Ce détour de la parole sert non plus à voiler mais à mieux dire – à dire plus « complètement », plus « intensément » aussi.

 

François Jullien

Le détour et l’accès, stratégie du sens en Chine, en Grèce

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chine, je ne voulais plus endurer ta brutalité. Et pourtant, entre ma solitude épuisée et ton énergie rude, je t’ai choisie. Face à toi, malgré moi, grâce à toi, de force je redeviens vivante.

Damien, dit Li, c’est toi qui vas ouvrir la balle.

 

 

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Les cérémonies officielles consistent en grande partie en présentation des noms et titres des participants qui se lèvent l’un après l’autre et s’inclinent sous les applaudissements. Je m’y perd très vite, tout le monde est directeur de quelque chose. On en oublie de parler du fond de ce qui nous réunit. Puis on échange des cadeaux, on prend des photos, avant de se quitter, satisfaits.

 

 

 

 

 

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La brume du matin recrée la ville.

 

 

 

 

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