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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 20:11



Les plis du ventre




 

C’est un enchiffonné du ventre. Son ventre est bourrelé parce qu’il se penche, ou bien parce qu’il a trop mangé.




Je le baigne dans l’ocre rouge, ou je l’encre de noir, ou je le gouache de chair.




Et puis je le presse sur le papier, avec force et détermination, pour qu’il reste des traces de plis, des tâches de plis, un plissé foncé sur les bords, une matière rayée d’ombre, le mystère du pli.








Published by anne-claire - dans carnets de vie : l'homme
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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 11:25


Sur l’île de Boavista, il y avait une route droite toute bordée d’arbres au milieu du désert de cailloux.



Ces vieux arbres au lieu de tendre leurs branches en les arrondissant pour faire une jolie arche au-dessus de la route, comme font tous les arbres qui se respectent, et qui respectent l’ingénierie humaine, ces vieux arbres au contraire s’arquaient de l’autre côté dans une accolade inversée, cherchant manifestement à écarter leur feuillage le plus possible de la voie, voire carrément à se barrer. L’impression sur une certaine distance était surprenante, de ces arbres détournant le regard à notre passage.

C’était une jolie route pavée de cailloux emboîtés, un beau travail de marqueterie pour le pas sonnant des petits ânes. Mais les camions et les 4/4 commençaient déjà à défoncer cette mosaïque. Le trafic augmentait et la voie était trop étroite pour qu’ils puissent se croiser.

 

Et puis un jour nous sommes revenus et la route était cassée et les arbres arrachés. Ces trésors du ciel qui avaient bien voulu pousser dans l’aridité et la poussière, qui avaient vécu là si longtemps : je les ai vus couchés sur le sol du désert, leurs racines mises à nu, et la blessure béante de la terre. Et moi aussi, je suis blessée.




6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 12:29



Les plis de l’accroupie

 




L’enchiffonnée rose est une petite femme accroupie sur ses talons. Elle se repose.




Imprégnée d’encre, elle laisse sur le papier l'empreinte délicate d’une rose. Elle est ouverte entre ses pétales, son cœur offert et son sexe à nu, tranquille.

 

Elle est là, pas tout-à-fait présente - rien que la poésie d'une trace, presque une disparition.




Les enchiffonnés sont difficiles à imprimer. Ils se gorgent de peinture et produisent des tâches informes. Il faut en extirper les signes avec pugnacité.



Mais fourrés de bourre et cousus de fils serrés, ils expriment mieux le pli de la chair que le trait. Le pli devient un rai de lumière, un passage vers un vide blanc, comme une absence. La fente éblouissante ouvre à l'en-deçà de la surface. Le corps n’apparaît plus qu’en ses renflements, comme s’écrasent les lèvres d’un baiser.

 

 




Car le pli est un creux qui ne saurait exister dans l’espace d’une feuille plane.

J'essaie de dire le creux du pli.



Published by anne-claire - dans peintures
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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 12:26



Pour traverser Boavista et revenir, il faut une journée. Le guide nous indiquait un restaurant dans un des deux villages que l’on traverse. A midi, le village était désert à part quelques vieux assis à l’ombre. Le restaurant ressemblait plus à une maison qu’à un lieu public. Il n’y a avait aucun client, aucune table dressée, aucune odeur de cuisine, je sentais qu’on allait déjeuner de biscuits secs. Une jeune femme apparut pourtant, elle ne parlait pas un mot d’anglais. Guillaume essaya son espagnol-portugais-italien-russe qui fait beaucoup d’effet mais elle le regarda avec de si grands yeux qu’on était mal parti pour manger. Il revint à un baragouinage mimé plus efficace. Elle comprit qu’on voulait manger et on comprit qu’elle voulait savoir ce qu’on voulait manger. Oh des choses simples, une omelette, un œuf dit Guillaume en faisant la poule cotcotdeeet ! qui vient de pondre un œuf tout chaud, qui tourne autour toute fière et qui agite la queue cotcotdeeeeet ! Les jeunes filles au Cap vert sont très sérieuses, elles ne rigolent pas avec les étrangers, mais là je sentis dans le vacillement du regard de notre hôtesse qu’elle se raccrochait de toutes ses forces à ses principes pour rester digne. Très bien il fallait qu’elle prépare le repas, on pouvait revenir dans une heure.



Un peu perplexes sur l’organisation de ce restaurant, on fit trois fois le tour du village puis on finit comme les vieux à s’asseoir à l’ombre en attendant que le temps passe. Quand on revint, elle nous fit pénétrer dans une grande pièce fraîche. Une seule table au milieu était dressée pour nous, grande et couverte de plats. Nous étions assis côte à côte et la jeune fille nous servit des mets inestimables que sont les légumes du jardin dans un pays où l’eau est si rare que c’est un trésor, où la nourriture est souvent importée et artificielle (c’est le seul endroit où j’ai vu des yaourts se conservant hors du réfrigérateur pendant deux mois). Les légumes étaient savoureux. La salade avait la texture d’un végétal qui s’est battu pour survivre, ses petites feuilles épaisses faisaient penser à l’épinard ou à l’oseille. En guise d’omelette on nous apporta carrément le poulet : Guillaume ne fait pas bien la poule. C’est le meilleur repas que nous ayons mangé à Boavista, dans une sérénité inattendue ; je me souviens de la caresse de l’air, du goût des choses simples et précieuses, et du sourire de la jeune fille. Je m’en souviens comme d’un rêve.



Deux ans plus tard, ce restaurant n’existait plus. Observant cette maison toujours aussi indéchiffrable pour moi, Guillaume m’assura qu’il était fermé. On attrapa l’unique passante qui nous conduisit dans la maison d’une autre femme, qui nous conduisit à une autre femme qui nous conduisit dans une vraie salle de restaurant, introuvable par nos propres moyens. Une heure après on dégusta un bon repas copieux. Nous étions les seuls convives.



30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 10:34



Les plis du corps

 


Le pli se forme à l’intime du corps, au plus secret, au plus profond de l’être.

Le corps se plisse quand on enlace, quand on s’enroule, quand on se cache, quand on s’endort.




Les plis du corps ourlent l’obscur et l’inconnu.

Toutes ces bouches louches qui bavent et murmurent. Qui avalent et crachent le bonheur et la merde, indifféremment l’un l’autre, avidement.


 



Ouvrir les plis du corps, c’est presque toucher l’âme, sentir sa chaleur et son odeur. Par eux respire l’intérieur intouché du vivant. Par eux s’opère l’enfoncement dans l’enveloppement du corps comme une ingestion originelle.

 

 

 

 

18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 11:50



Pour traverser Boavista en 2005, on pouvait louer un scooter. Nous sommes partis à l’aventure sur un petit scooter déjà fatigué, le « meilleur » élément du loueur évidemment, avec une bouteille en plastique remplie d’essence parce que le réservoir était insuffisant pour revenir et qu’il n’y a pas de pompes à essence dans le désert. S’il y avait un quelconque problème, il suffisait d’appeler le loueur et il viendrait nous chercher, foi de loueur.


On ne peut pas dire de ce scooter qu’il était puissant, silencieux, ni surtout confortable pour le passager arrière, mais bon au début il roulait.

Il nous a bien fait un caprice pour repartir lors d’un arrêt à aller, mais il s’est ravisé.




Quand on a repris le chemin du retour, il était tard parce la plage était belle, le soir doucement tombait, et conduire dans un noir inconnu c’est un peu compliqué (évidemment il n’y a pas d’éclairage public). On allait aussi vite que possible. Au milieu d’une route droite filant à l’horizon à perte de vue, dans le désert gris et la solitude totale d’une nature hostile, taratata, le scooter décida brusquement de s’arrêter (on a failli se casser la figure), puis de ne plus redémarrer.

C’était peut-être pour nous dire quelque chose mais on n’avait pas le temps d’y réfléchir. Au bout de 20 minutes d’essai à manoeuvrer le kik, la poignée, la clef, le machin, etc, Guillaume prend son portable pour appeler Super-Loueur : pas de réseau.

La nuit tombait pour de bon et il restait quand même un certain nombre de kilomètres à parcourir avant de retrouver Sal Rei. On s’acharna encore 30 minutes sur l’engin en vain. Nos rapports avec le scooter n’étaient plus du tout cordiaux. Alors qu’on essayait encore une dernière fois de redémarrer cette saleté de mécanique avant de se résoudre à continuer à pied, le moteur se réveilla. On se précipita à deux sur la poignée pour maintenir l’étincelle, on peut dire que la machine a rugi. On a sauté dessus et on est reparti sans jamais lui laisser le temps de reprendre son souffle avant la fin.




Deux ans plus tard, louer un scooter relevait de la gageure. Il était possible de louer toutes sortes de voitures mais pas un scooter. Bien sûr ce n’est pas le même prix et on n’avait plus d’argent pour des raisons que je vous raconterai peut-être un jour. Sortant d’une agence qui nous assurait que plus aucun loueur ne proposait de scooter à Sal Rei, on s’assoit découragés sur un banc de la place principale. Soudain Guillaume bondit et se met à courir derrière… un scooter et deux touristes qui s’arrêtaient sur la place. Il existait ainsi un loueur de scooters que les deux touristes nous indiquèrent deux rues plus loin, faut dire que Sal Rei c’est quand même deux mille habitants à tout casser, on ne peut pas connaître tous les magasins…




On refit donc le périple pour revoir cette plage déserte de l’autre côté de l’île : la route qui mène au paradis. C’est bizarre me dit Guillaume en partant, tu te souviens, la fois précédente on nous avait donné une bouteille d’essence, et là non, peut-être que le réservoir du scooter est plus important, c’est un modèle plus récent. Peut-être que oui, peut-être que non.


Sur la route, Guillaume surveillait la jauge à essence et en bon gérant prudent et organisé, décida d’arrêter le scooter au milieu du réservoir : comme on n’était pas arrivé, on finit le chemin à pied. Je ronchonnais un peu mais c’était de la pla-ni-fi-ca-tion.


Mais c’est mal connaître les machines que d’imaginer qu’on peut les maîtriser. Elles ont pour elles le hasard et l’inépuisable incertitude d’un monde matériel imparfait. Bref au retour, la jauge se mit à descendre deux fois plus vite sur la deuxième moitié du cadran. Si bien qu’on n’avait pas assez d’essence pour rentrer et que la nuit tombait…etc. On s’arrêta dans un village mais bien qu’il y ait des voitures, personne ne voulut nous vendre de l’essence, même à prix fort. Nous, on trouvait pas ça drôle mais eux, si.


Alors Guillaume tout en conduisant se mit à agiter le scooter pour ramasser le plus d’essence possible au fond du réservoir. Ca devait être un sacré spectacle que de nous voir passer sur un scooter pouf-poufant, remuant des fesses comme des excités, se secouant l’un et l’autre à se demander ce qu’on pouvait bien faire tous les deux à s’énerver comme ça. C’était rock’n roll.


Quand enfin on a aperçu les lumières de Sal Rei, il ne devait même pas rester une goutte, même pas une vapeur, une odeur d’essence au fond du réservoir.


15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 10:40

Les plis d’émotion

 



Une femme froissée par les coups de la vie, les bousculades des hommes, les jérémiades des gosses ;




Une femme plissée de faux plis par les mots jamais dits, les cris jamais criés, les mensonges, les regrets ;




Une femme tordue, secouée, essorée comme une salade, comme une lessive ;




Une femme frippée bonne à repasser, à repasser une autre fois, dans une autre vie, pour redevenir lisse ;




Une femme bien pliée, bien rangée dans l’armoire, soumise et qui a pris le bon pli ;




Une femme repliée, cachée, protégée, enveloppée, enfermée, envoyée dans un pli ;




Une femme sillonnée comme la terre labourée, ensemencée, fleurie et nourricière ;



Une femme ridée par le vent, le soleil, la pluie, le froid, le brouillard et l’oubli ;




Une femme rayée de mille froissures ramifiées comme les bronches des poumons séchés ;




Une femme froncée de soucis sur le front marqués, sur les mains gravés ;




Une femme chiffonnée, roulée en boule, jetée à la poubelle, raté tombée à côté, ramassée, grossièrement défroissée, griffée à jamais ;



 

Et les hommes aussi, froissés, plissés, tordus, frippés, pliés, repliés, sillonnés, ridés, rayés, froncés, chiffonnés, et griffés à jamais.









11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 14:07


A Boavista, il faut traverser toute l’île. Traverser les déserts de gros cailloux, de petits cailloux, de moyens cailloux. Avaler la poussière noire, blanche, rouge, et puis grise. S’arrêter au centre de l’île au milieu de nulle part et comprendre que l’on se trouve dans l’œil du cyclope : dans l’orbite aveugle d’un immense volcan éteint. Repartir dans l’haleine étouffante d’une terre et d’un ciel qui n’ont jamais connu l’eau. Il faut traverser l’île pendant des heures.




Car lorsque la terre s’arrête enfin, il y a une plage comme au premier jour du monde, sauvage et nue, intouchée. Aussi loin que porte le regard on est ébloui par la mer et le sable scintillant dans la lumière pure. Tout est vierge et clair, d’une transparence qui désaltère. Le paradis après l’enfer.



C’est ici que les tortues sortent de la mer pour venir pondre leurs oeufs.




8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 12:14


Les plis du temps

 



Quand on vieillit, tout fait des plis, la bouche les yeux le ventre les fesses. Au fil des jours, les plis se marquent : on est tout froissé.

 



Le temps, ça use, ça bouscule et ça plisse. Car tous ces faux plis sont pourtant vrais : c’est la vie qui les a faits. A force d’encaisser des hauts et des bas : on devient vallonné.

 



Alors on prend le pli, on se fait du souci, on ne croit plus à l’avenir : on est tout chiffonné.

 



La vie nous plie, la vie nous fait plier, la vie nous grave au couteau notre vie sur la peau.



Le pli, c’est une cicatrice mal refermée. La matière se replie et la pensée se fronce : on est tout rabougri.

 



Il faudrait un fer à repasser, à repasser la vie, à repasser le temps. Plus rien ne se tend, tout se fripe. Même l’eau des yeux se ride.

 



Quand on vieillit on se cache dans les plis.





4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 11:33



 


Le Cap vert est un archipel de petites îles, certaines dans le vent et d’autres sous le vent. Evidemment la première idée du voyageur qui a atterri sur une île, est de se balader d’île en île.

 

Dans un bar de Santa Maria, Guillaume rencontre un marin anglais, genre bourlingueur à la peau tannée qui a fait le tour du monde sans payer. Il a un bateau et peut nous emmener sur l’île de Boavista. Bien sûr il ne repassera pas pour nous ramener à Sal, mais ce n’est pas grave dit Guillaume, on trouvera bien un autre bateau. J’ai des doutes mais bon.




Le loup de mer ne m’inspirait pas confiance, mais nous arrivons pourtant à Boavista. Avec difficulté, nous localisons le bureau de la compagnie maritime du Cap vert qui a l’air complètement à l’abandon. Après plusieurs visites infructueuses, on comprend qu’il ouvre entre 8 heures et 8 heures et demie du matin. De toutes façons, ça n’a aucune importance parce qu’on ne sait jamais quand le bateau qui relie les îles va passer. Un couple que nous rencontrons à l’hôtel l’attend depuis maintenant une semaine. Ca peut durer un mois. Ou plus. Vu qu’ils disposent de six mois de vacances, c’est moins grave que pour nous qui n’avons que quinze jours. Mais ils en ont un peu marre quand même de faire le tour de Boavista. On va trouver une solution dit Guillaume. Le quai de Boavista est totalement désert. Mais bon.


 

Reste l’avion. Comme c’est la solution sur laquelle tout le monde se rabat et que les avions sont petits, et qu’il y en a qu’un par jour, et que des fois il n’arrive même pas et on ne sait pas pourquoi, bref c’est un peu la bataille…

 

 

Pour visiter le Cap vert, il faut avoir du temps devant soi.



1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 12:00


J’ai soudain découvert l’envie de tourner plus résolument mon regard vers le corps masculin. Alors un éblouissement m’a envahie qui ne s’est pas éteint et que je souhaite mettre tout mon soin à cultiver. Un éblouissement qui est devenu un des bonheurs de ma vie.

Florence Ehnuel

Le beau sexe des hommes

 

 

 







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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 12:14



A Santa Maria sur l’île de Sal, il y avait un ponton de bois qui dansait sur la mer en se prenant pour une vague. Il se déhanchait dans toutes les directions, perdant le bois de son plancher au point qu’il fallait enjamber des énormes trous béants sur l’eau. Sous nos pas, on voyait passer les poissons. Les touristes l’empruntaient précautionneusement avec l’idée confuse de marcher sur un truc vivant, comme le dos cambré d’une bête endormie prête à se relever et à les envoyer valser.




Il était totalement désarticulé, démantibulé, dégingandé. Patiné par le sel et le soleil, il avait la couleur des choses naturelles qui sont là depuis toujours. C’était une ruine splendide. Une association de défense du ponton de Santa Maria réclamait sa restauration.



 

Sur le ponton de Santa Maria

 La vie penche à la mer

Y courent les enfants

Y meurent les poissons



A travers le ponton de Santa Maria

Passe le mer bleue

Passe la mer verte

Nagent les enfants poissons

 

Au ponton de Santa Maria

Il manque un pilier et quelques planches

Ça n’empêche pas les bateaux d’accoster

Ni les enfants rieurs de plonger

 


Quand je suis revenue, le ponton était parti rejoindre l’horizon qui l’attirait tant, parti naviguer sur la mer loin des pieds des hommes. Sur la plage maintenant il y a une avancée de béton très stable à travers laquelle on ne voit plus passer les poissons.

 

 

 

25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 14:40


Elle marche avec des talons hauts, d’un pas chancelant et sûr. Ses chevilles sont fines et fragiles, prêtes à se rompre. Ses longues jambes s’écartent et se croisent le long de son chemin sinueux.




L’onde de sa démarche sur ses échasses dorées, parcourt tout son corps qui balance. Comme un ange aux ailes brisées, comme un grand oiseau qui ne sait plus voler, elle vacille. Elle a l’allure des roseaux dansants. 
Et elle avance en conquérante, enfonçant les lames de ses talons dans les regards des hommes. Les ciseaux de ses jambes ont des éclats d’épée.




Elle marche en équilibre sur un fil, mais elle ne tombe jamais dans le vide.



C’est une femme.



 

 

 

 

 

 

 

21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 12:28

 

Il n’y a pas de ciel où le temps est perdu.

Pour lire le temps il est nécessaire de regarder le ciel.

Le temps est le ciel.

Pascal Quignard - Abîmes

 

 





Le ciel de la mer est immense. Le reflet de la mer joue dans le miroir du ciel et la couleur du ciel se verse dans l’eau de la mer. On se perd.

 



Dans le ciel de la mer on lit le temps. La pluie, les nuages, la tempête, tout est écrit dans les bleus de la mer et du ciel.

 

 


Dans le ciel de la mer on lit le temps. Celui qui est à venir, et que le vent pousse jusqu’à nous. Depuis la nuit des temps, on sait que les prédictions se déchiffrent dans les vols des oiseaux au bord de l’horizon.

 

 



Le ciel de la mer est immense. Il y a de la place pour tous les rêves.

 



18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 13:54





 

Plus je vieillis et moins je réfléchis et plus je digère.

Les idées, les images, je les regarde longtemps, je les mâche et les remâche avant de les avaler.

Mon cerveau ne me sert pas, c’est mon ventre qui les incorpore.

Comme au coeur des arbres, s’inscrit un nouveau cercle dans ma chair.

C’est un processus organique lent mais indélébile.

 

Alors ma mémoire se grave dans la matière et ma pensée devient charnelle.

Je perçois mieux les correspondances entre les choses.

 

 

 

 

 

 

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14 mai 2009 4 14 /05 /mai /2009 12:41


Momone, Marcel et Cie

 

 

 

Ils viennent à plusieurs couples, s’installent confortablement sur la plage avec leurs paniers qui débordent, leurs chaises pliantes, leurs serviettes bariolées, leurs parasols à fleurs. Les hommes ouvrent le journal du coin ; les femmes commentent paris match. Ils sont en retraite, tout ronds et tout bronzés, contents de la vie et aussi d’eux-mêmes. Les hommes ont de fausses ray-ban démodées et les femmes des teintures improbables. Ils s'apostrophent et rient de leurs propres plaisanteries. On ne peut pas les rater, ils prennent toute la place, on n’entend qu’eux.

 



Ils sont rigolos mais ils ne regardent jamais la mer.

 

11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 14:21


Les éléments impitoyables

 

 

Sur la plage je n’y vais que depuis peu de temps. Ce qui me surprend toujours c’est l’implacabilité des éléments. Le soleil et le sable sont brûlants et éblouissants, la mer et le vent sont glacés et salés. Pour survivre il me faut toute une panoplie : un chapeau enfoncé sur la tête pour éviter l’insolation, des lunettes de soleil sur le nez pour ouvrir les yeux, un tee shirt pour résister au vent, une tartinade de crème épaisse pour ne pas cuire. Et un paréo pour faire tente en cas de situation extrême. La seule femme voilée sur la plage, c’est moi. Je sors mon nez en toute fin d’après midi quand il faut enfiler un pull pour ne pas attraper un rhume.




J’ai toujours un air huilé. Guillaume me félicite souvent pour mon déguisement de canard.




Je dois certainement cette inadaptation ridicule au fait que je suis née à des centaines de kilomètres de toute mer. Je n’ai pas la bonne peau. C’est pas de ma faute.




A la fin du séjour je suis au mieux couverte de taches brunes qui de loin donnent l’impression d’un léger hâle. Plus ça va moins les taches partent, c’est la joie.




Et pourtant j’adore la mer et la plage, ça me lave la tête, ça m’assomme de chaleur, ça m’endort comme dans le ventre de ma mère. Et c’est le seul endroit où je ne fais rien.

Rien.

Ca repose.

 

 

 

7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 12:33


La catharsis du bulldozer

 




Sur la plage on peut faire des châteaux de sable, voire des constructions plus originales et même des sculptures. Il suffit de prendre du sable mouillé et de s’inventer quelques outils robustes pour le gros oeuvre ou précis pour les finitions.

 



On y passe un temps assez long. Les résultats peuvent être splendides mais l’intérêt de l’activité ne réside pas là. Il commence quand on s’éloigne de son œuvre, qui reste ainsi offerte au regard des passants sans plus de surveillance visible.

 


L’expérience révèle, quelque soit la beauté, l’ampleur, l’originalité de la construction, qu’elle ne peut pas survivre plus d’un quart d’heure (c’est un maximum). En effet, dans ce laps de temps, obligatoirement, un ou plusieurs gamins vont la trouver sur leur trajectoire et s’employer soigneusement à la raser.

 



Le temps de la destruction est bien sûr sans aucun rapport avec le temps de la réalisation. Mais la joie de la destruction m’interroge : il semble y avoir un grand bonheur à casser, à piétiner les formes, à écraser les images. Une jubilation dans l’effacement, l’expression d’un instinct profond, l’exultation du geste définitif.

 


Bref on peut laisser au monde une belle chose et s’en aller le cœur tranquille : il n’en restera rien.

 

 

De cette violence irréfléchie naît une beauté de l’éphémère, celle qui ne laisse que des traces et enrichit les souvenirs pour écrire les rêves.

 

 


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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 13:55

 

Désert

 

Rien ne résiste à cette pureté inhumaine. Le sable arase, efface, recouvre, étouffe, tue. Le vent remplit le vide, le vide absorbe tout.

 

 

 

La feuille est épine, le fruit du poison. L’espace est si propre de l’absence de traces humaines qu’il en devient sacré. On entend se dilater le silence.

 

 

 

C’est ici seulement que le petit prince peut mourir.


Ici, de la mécanique la plus élaborée à la simple fermeture-éclair, rien ne peut fonctionner. Le sable enraye les machineries humaines et les privent de leur pouvoir.

Dans cet empire terrible, on perd tout ce à quoi on tient, car le désert avale le plus précieux et vous rejette nue, usée, nettoyée jusqu’à l’os, démunie et seule comme au premier jour du monde.

 

 

 

Alors

j’ai remis mes chaussures et je suis revenue.


30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 15:51

Prolégomènes au jeu de ballon

 

Assise sur la plage j’observe un bambin qui tient à peine sur ses pieds s’obstiner à shooter dans son ballon, inlassablement et sans succès. Tous les petits (et grands) garçons de cette plage courent derrière un ballon. Heureusement leur dextérité augmente avec l’âge.

 

Mais pourquoi tous les garçons tapent-ils dans un ballon ???

 

  


 

Les intéressés interrogés restent souvent sans voix ; Guillaume a quelques idées plus ou moins bonnes qui n’expliquent pas toujours ce besoin de taper. Car dans la question, il y a à la fois la rondeur et le coup.

 

Voici un échantillon de réponses possibles :

 

- parce que c’est rond



 

- pour le faire avancer (le ballon)

 



- pour détendre les muscles

 


- pour tout faire péter !

 



- parce que c’est le seul endroit dans lequel on a le droit de donner des coups de pied sans se faire enguirlander



 

- pour exprimer sa force et sa maîtrise d’homme

 



- parce que c’est beau (un ballon)

 



- pour se servir de ses pieds plutôt que de sa tête (je rigole-eu)

 



- parce qu’ils n’ont pas le choix



 

- parce que tous les spermatozoïdes cherchent instinctivement à pénétrer la sphère de l’ovule. Là Guillaume dit que c’est n’importe quoi, et comme je suis une fille je n’y comprends rien.

 



Bon, c’était pour rire. Le mystère reste entier.

 

 

 

N’empêche que je me demande si le ballon a été inventé avant la roue…



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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 17:56





Au camp des caravaniers

Il y a des lits à baldaquins

Où l’on dort dans des draps de tergal

 



Au camp des caravaniers

Pousse un doux gazon tendre

Frais aux pieds fatigués

 

 

 

Au camp des caravaniers

Les oiseaux gazouillent dans les pâquerettes

Les fontaines chantent l’eau pure

 

 

 

Au camp des caravaniers

On déguste du sorbet de jiji

Des framboises et des glaçons glacés

 

 

 

Mais au camp des caravaniers

Mirage de lumière et rêve des sables

On ne fait que passer, on ne peut s’arrêter.

 

24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 10:41

 

1966

année du cheval de feu

 


ça n’a pas l’air d’impressionner les Chinois ; en revanche les Japonais en font toute une histoire.

 

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En 1682, Yaoya Oshichi avait seize ans. Elle était née en 1666, année symbolique, année du cheval de feu. Alors qu’un grand incendie ravageait son quartier, elle trouva refuge avec son père dans un temple. Elle y tomba amoureuse d’un jeune moine, mais elle dût le quitter et retourner vivre dans sa maison reconstruite. Pour le revoir, elle mit le feu. Ces contemporains, plutôt crispés sur la question des incendiaires dans un pays où les constructions étaient en bois, la jugèrent et la brûlèrent vive. Le feu par le feu.

 



Les Japonais gardèrent de cet épisode, une prévention certaine pour la combinaison cheval / femme /feu. Toute femme née l’année du cheval de feu est réputée puissante et indomptable, et censée écraser voire tuer son compagnon, déstabiliser les familles, semer la pagaille quoi.

 

Du coup elles sont difficilement mariables. Les hommes ne sont pas joueurs.

 

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Plus généralement, et pas seulement au Japon, il semble que l’action radicale, efficace, voire cinglée, soit réservée aux hommes chez qui elle apparaît même comme une qualité. Dès que les femmes emploient des moyens similaires, la société est terrorisée et les traite de folles. En France, on dit que ce sont des Louise Michel (qui pourtant n’a pas plus lancé de bombes que des millions d’hommes, et avait à l'époque plus de raisons de le faire que des millions d’hommes).

 

Alors, le feu serait un attribut masculin et les petits garçons n’aimeraient pas qu’on leur pique leur jouet.

 



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En 1966, la natalité a chuté de 18% au Japon, et on a enregistré proportionnellement moins de filles. Les filles nées en bordure d’année ont certainement été déclarées sur 1965 ou 1967, ce qui explique le taux de natalité plus important de ces deux années. On peut s’interroger sur l’efficacité de la destinée s’il suffit finalement de fermer les yeux sur la véritable date de naissance, et d’en inventer une autre : c’est pratique. Les futurs maris ont eu intérêt à se méfier des natives de fin 65 et début 67, s’ils ne voulaient pas finir rôtis.

 



Bon. Le taux de natalité du Japon est aujourd’hui si bas, que le déficit de l’année 1966, c’est de la rigolade. Ca ne valait peut-être pas la peine de s’énerver comme ça.

 

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Je suis née l’année du cheval de feu, évidemment. A une semaine près, j’étais serpent, réputée sage et de signe respecté. Le destin tient à pas grand chose.

 



Guillaume dit que je ressemble à une jeune jument toute folle avec ma queue de cheval qui s’agite, mes gestes inconsidérés, mes brusques écarts, mes jambes démesurées quand je grimpe sur des talons trop hauts.

 



Pour l’instant, je n’ai écrasé personne (avec mon vélo) et il n’a pas l’air d’avoir peur (Guillaume).

 

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La conjonction du signe du cheval et de l’élément feu ne revient que tous les 60 ans. Ouf font les Japonais. Mais cela ne laisse que peu de possibilités aux hommes de toute une génération, de rencontrer une femme hors du commun, de mettre des étincelles dans leur vie, de s’ouvrir à des horizons inconnus, de vivre une passion brûlante, d’éprouver le frisson du danger et, s’ils en réchappent, de se fabriquer des souvenirs inoubliables pour les longues et tranquilles années à venir de leur mariage avec une femme convenable.

 



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Si toutes les petites filles de l’année 1966 avaient vécues, elles auraient changé la face du monde (au moins japonais).

 

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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 21:34




15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 18:07


Baise m’encor, rebaise-moi et baise ;

Donne l’en un de tes plus savoureux,

Donne m’en un de tes plus amoureux ;

Je t’en rendrai quatre plus chauds que braise

Louise Labbé

 

 

Baiser, toucher des lèvres des lèvres semblables, effleurer du rose des lèvres la douceur des lèvres.

 


La bouche parle des paroles et des baisers, des morsures et des chansons.

La bouche goûte délicatement à la peau de l’amant avant de le manger.

Il y a dans le baiser l’amour et l’affrontement de deux fronts qui se touchent.



 

Toutes les lèvres baisent.

Baiser c’est ouvrir le corps de l’autre.

 



On peut dans un baiser rester à la surface des choses ou plonger au fond de la mer.

On peut aspirer le souffle ou insuffler la vie.

 



12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 11:15




L'heure de la sieste, à l'ombre du désert.

 

 

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