Comme un être humain, le carnet présente un aspect extérieur, et recèle une vie intérieure.
Le carnet en dedans : photographier les pages
Faut-il photographier chaque page ou chaque double page ?
Faut-il montrer les bords irréguliers des feuilles ?
Les pages n’étant pas toutes de même taille, elles laissent entrevoir celles qui précèdent ou celles qui suivent.
Elles laissent parfois transpercer l’encre du dessin qui se trouve au dos.
Tout se tient.
Le carnet au-dehors : photographier l’objet
Le carnet étant un parallélépipède, on peut le prendre par différents côtés.
Les plats
Les plats des carnets sont déjà des images.
Seul, le carnet accroché au mur devient tableau. C’est une fenêtre qui, de plus, peut réellement s’ouvrir sur différents paysages.
Combinées, ces images créent de grandes fresques. Il y a changement d’échelle. C’est à la fois une couverture en patchwork et le quadrillage d’une grille de prison.
Le dos
Les dos s’érigent comme des colonnes de temple, ou se reposent comme des marches d’escalier.
Le dos semble toujours robuste. Il apparaît totalement clos. Il porte à lui tout seul les indications de la temporalité du carnet. Il est la charnière qui fait que le carnet est carnet et non feuilles au vent. Du coup, c’est lui qui a les nerfs.
Les tranches de tête et de queue
Les tranches du carnet sont complexes, rayées, plissées du fil des pages. Leur aspect incertain évolue constamment. Comme des branchies, elles respirent.
Elles ouvrent et referment le passage intermédiaire – cet infra mince - qui conduit de l’extérieur à l’intérieur, et donne accès au secret.
Vues du ciel, elles figurent la musique de l’accordéon, le souffle de l’éventail, l’envol de l’oiseau.
La gouttière : au creux du corps
Par elle on ouvre le ventre du carnet.
Selon qu’on écarte plus ou moins les multiples plis de son rideau, elle laisse voir des formes, des mots, des couleurs. Elle se compose de dizaines de portes qui s’entrebâillent chacune sur des pièces différentes. De ces fentes d’ombre surgissent des corps qui passent, des voix interrompues, des choses noyées remontant à la surface.
Les fils des pages incarnent la succession du temps. Au sein du rythme de ces lignes verticales, l’image s’incruste dans le cours de la temporalité du carnet.
Si l’on couche le carnet, les rayures horizontales relient le ciel à la terre, roulent les vagues dans la mer.